Mercredi 3 février 2010 3 03 /02 /Fév /2010 18:48

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Le manchot est un oiseau de l’ordre des palmipèdes qui ne peut pas voler.










Sur terre, il claudique lourdement de son nid creusé sous un arbuste jusqu’à la plage, ses ailes atrophiées pendent lamentablement le long de son corps mal proportionné, son bas ventre lourd l’attire inexorablement par gravité, il évite l’immanquable chute en agitant frénétiquement ses pattes trop courtes en une danse saccadée aux pas précipités.
Malgré tant d’efforts pour garder un semblant d’équilibre et de dignité, s’il est apeuré, il s’écroule, illustrant impeccablement l’expression « courir ventre à terre », et par des mouvements affolés, sans aucune coordination entre ses ailes, son cou et ses pattes tous devenus membres indépendants de ce pauvre tronc affalé, il rampe pitoyablement en zigzagant jusqu’aux flots salvateurs.


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Pourtant une fois dans l’eau, ses ailes se transforment en d’efficaces nageoires, ses pieds palmés en un puissant propulseur, son corps entier devient une merveille d’hydrodynamisme.

Cet oiseau se déplace alors comme un poisson dans l’eau.
Il en est ainsi de certaines espèces animales classées dans un ordre qui leur semble complètement étranger, l’autruche, autre oiseau privé d’envol, qui courre aussi vite qu’une gazelle, ou l’exocet, ce poisson plus à l’aise en vol plané qu’en plongée.
Si ces êtres vivants ne sont pas conscients de ce paradoxe, évidement l’homme l’est.





Je me sentais comme un manchot sur terre au milieu de mes semblables, quand je tentais de comprendre leurs aspirations, d’adopter leurs comportements sociaux et me sédentariser comme tout un chacun. La solitaire compagnie de mon bateau, le goût salé du nomadisme, le rejet de ce voyais comme une facile sécurité cherchée dans le banal et le commun, me permettais d’évoluer dans mon monde comme ce même animal en milieu aquatique.
Si le manchot est condamné pour l’éternité à n’être qu’un oiseau qui nage, pour moi c’est différent.




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L’heure d’un demi-tour autant physique que psychologique a sonnée. Après avoir passé la moitié de ma vie d’adulte à choisir un lendemain incertain, je veux maintenant me laisser guider par la douce certitude du quotidien.








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Les raisons qui motivent ce virement de bord sont multiples ; en vrac, le ras le bol des coups de gîtes violents, marre de cette peur au ventre qui ne te lâche pas lorsqu’Eole se fâche, l’impression que chaque pas en bateau n’est que l’annonce du suivant, il n’y a pas de victoire finale, juste des batailles gagnées qui ouvrent la voie à d’autres combats, un perpétuel recommencement à zéro ou seules se figent les images entrevues, seul se construit une pyramide bancale de souvenirs, je suis gagné d’une envie de renoncer à l’action dans le mouvement et me défendre par l’immobilité (du moins géographique).
Le temps qui courre plus vite que je vogue et me rattrape en est aussi certainement une, et bien sûr, la principale, Elle.






DSCF5097Je sais que rien ne refroidit plus rapidement que l’ardeur, mais mes résolutions ne se sont pas envolées avec elle et j’ai enfin trouvé au fond de la Patagonie, aidé par sa visite éclair, la frontière délicate qui sépare le sens de la vie d’une satisfaction aussi immédiate qu’éphémère.
Pour la franchir j’ai besoin d’un bon vent portant, établir en ciseaux les voiles de ces espérances qui me porteront jusqu’à l’océan Indien.

Je suis heureux de cette décision, tout en m’installant dans une confortable conformité je serais toujours instruit de ce qu’est le monde sous un jour différent, l’envers du décor, c’est ce qu’il me restera de cette errance salée et de toutes celles qui l’ont précédée.



Ce séjour patagon fut enchanteur, beauté sauvage des îles Arce et Léones, crochet au travers du temps en pénétrant dans son phare abandonné, dans la ville fantôme de la Bahia Redondo ou, tel un souverain sans peuple, règne le solitaire Villeréal, explosion de la vie en longeant les colonies de sternes, otaries, pétrels géants, goélands, skuas, manchots, cormorans royaux, tous protégeant leur progéniture née il y a peu, visites amicales de bancs de dauphins austraux et de Commerson, agréable surprise en croisant un couple d’aigles marins ou quelques éléphants de mers isolés, pêche, escalade, bonne chère copieusement arrosée, retrouvailles et nouvelles rencontres.


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Ce carnet de voyage tourne à la ballade intérieure, à la promenade intime, aussi je vais le fermer.







Je vais préparer Chionis pour un retour sur le Rio de la Plata, le laisser ensuite au sec dans un chantier en Argentine ou en Uruguay, aller travailler en Europe l’été prochain, revenir avec un équipage compétant (ceci est un appel, avis aux amateurs) en novembre, traverser l’atlantique sud, passer le cap de Bonne Espérance puis voguer jusqu’à la Réunion via Madagascar.
Pas facile d’aller chercher une vie idoine…


P- Argentine, juillet 2009 5888

Par Fab - Publié dans : Atlantique, cote sud américaine - Communauté : Voyages
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Mardi 22 décembre 2009 2 22 /12 /Déc /2009 20:54
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Au début, tout paraît mort, inerte, désert, grands espaces sans vie. Témoins muets de cette désolation apparente, des restes d’ossements blanchis par le soleil et le sel de mer s’accumulent en un monticule macabre, repoussé toujours plus haut sur la plage par les marrées successives.



Quelques arbustes épineux grisâtres, courbés au ras du sol par une résistance inutilement vaillante aux grands vents du sud ouest, semblent la seule flore.
Puerto Santa Elena n’a de port que le nom, c’est en réalité une grande baie morcelée par des péninsules et des caps aux roches déclinants tous les tons possible de rouge. Certes ces bandes de terres n’arrêteront pas les vents furieux, mais la houle n’entrera pas, le mouillage est donc possible. Je file 80 mètres de chaîne et câble après m’être assuré que l’ancre a bien croché, et je pars explorer cette triste étendue.




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Je m’attends à tout moment à voir surgir du fond de la steppe une charrette tirée par un cheval noir, maigre et fatigué, conduite par un croquemort au teint verdâtre, enserré dans un costume sombre trop court, un vautour au cou déplumé survolant l’inquiétant couple.
 A ma grande surprise, c’est une danseuse de french cancan qui sort d’un bosquet en courant, affolée par ma présence. Un nandou, sorte de grosse autruche, agite son imposant plumage postérieur au rythme de ses grandes enjambées, rappelant le mouvement envoutant des jupons couvrant les longues jambes féminines sur les scènes des saloons. On reste tout de même dans l’ambiance Lucky Luke…



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La pampa dévoile alors ses richesses, un groupe de guanacos, genre de lamas sauvages à la belle robe fauve et n’ayant pas la fâcheuse habitude de cracher sur tout le monde comme son cousin des Andes, lève la tête à mon passage, un petit fennec me tance du regard, un mara, sorte de gros lièvre aux oreilles courtes, s’enfuit dans un nuage de poussière, un escadron de flamands roses me survole, des petites fleurs jaune vif colorent les bosquets, nuance supplémentaire au milieu du rouge des roches et du bleu de la mer.




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Je me ballade, lis, ramasse des moules pour mon risotto, rêve, pêche sans succès, songe, étale un gros coup de sud ouest en soulageant l’ancre au moteur toute une nuit, m’évade en pensée et au travers de la pampa.

Toujours pourtant cette peur irrationnelle remontant du fond des tripes qui me fait imaginer le pire quand je quitte le bord.
En rentrant de promenade, inquiétude grandissante plus la crique ou repose « Chionis » se rapproche, je devrais apercevoir son mât au détour de cette colline, s’il n’y est pas, l’ancre aura décroché et il se sera couché sur les récifs ; en remontant d’une plongée la crainte m’envahi juste avant de crever la surface de l’eau, j’aurai mal fermé le gaz, il aura explosé, ou oublié de fermer une vanne, une vague aura amorcé la pompe et il aura coulé en une heure. Mais il est là, tirant bravement sur son mouillage, le nœud au fond de l’estomac se dénoue, la respiration reprend un rythme plus lent. Je me demande souvent si cette peur m’est propre ou si c´est un ressentiment comun a tous ceux qui vivent et voyagent sur un bateau.




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Voilà deux semaines que j’ai quitté la grouillante, surpeuplée, ultra touristique, Puerto Madryn pour les étendues désertiques patagonnes. Patagonie, terres d’extrêmes…
Dés le premier jour de navigation, un orage de grêle soudain couche Chionis qui etait toutes voiles dehors, l’anémomètre s’affole, 50 nœuds puis 60 dans la rafale, la drisse de grand voile se coince dans le lazy-jack, j’ai trop tardé à ramener la toile. Trois orages vont se succéder dans cette même après midi, mais la nuit sera calme. Je peux alors profiter pleinement de la navigation en solitaire dans ces latitudes, aucun trafic maritime. Je m’accorde des siestes d’une heure au lieu des 20 minutes habituelles, avant de plonger la tête dans ces milliers d’étoiles scintillantes éclairant le ciel sans lune.
Finalement je suis bien seul sur mon petit voilier!
Une baleine curieuse s’est approchée au sortir du golfe, sans doute étonnée de ne pas être poursuivie elle restera quelques minutes autour du bateau puis replongera dans les profondeurs outremer. Les habituels oiseaux m’escortent, pétrels, albatros, skuas, puffins, manchots.


Tranquillement allongé dans mon plus simple appareil je bouquine en cette après midi ensoleillée, les voiles sont en ciseaux et le régulateur d’allure assure la timonerie. Tout à coup je reçois une gerbe d’eau glacée, 4 orques sont dans le sillage de Chionis, le frôlent puis le touchent, le plus jeune du groupe nage sur le flanc, comme pour observer sous un autre angle le curieux animal marin qui file devant lui. Un orque adulte pèse jusqu’à 15 tonnes, pour quatre le calcul est rapide.

Bien chargé, Chionis passe difficilement les 5 tonnes, le rapport des forces n’est pas en sa faveur aussi je suis moyennement rassuré en les voyant évoluer autour de nous, un coup de nageoire caudale et je suis au fond…



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Aujourd’hui j´ecris de Camarrones, petit village de la province du Chubut, 850 habitants, à 250 kilomètres de la ville la plus proche, chez mon pote Laurent. « Chionis » est à couple de son bateau, « Carpe Diem », sur un corps mort dans la Caleta Sara, à une quinzaine de miles d’ici. La zone est un parc naturel protégé, les colonies de manchots et d’otaries cohabitent avec les troupeaux de guanacos, nandous, maras, avec les groupes de cormorans, de canards vapeurs, huîtriers et autres oiseaux marins.



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Rien ne vient perturber cette belle harmonie sauvage, pas même l’imposante demeure d’un chanteur français décoloré construite sur une plage du parc, verrue disgracieuse sur cette côte si belle.

Je profite de la période pour vous souhaiter un joyeux noël et une bonne année. Quelques suggestions dans la liste des bonnes résolutions qui vont immanquablement accompagner ces festivités, envoyez chier votre patron, depuis le temps que vous en rêvez, refusez de payer vos impôts, balancez votre téléviseur par la fenêtre, trompez allégrement votre mari ou votre femme, saoulez vous la gueule avec l’argent économisé pour payer la fac du petit dernier qui de toutes façon n’y foutra rien, bref, libérez vous et rejoignez moi…



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Par Fab - Publié dans : Atlantique, cote sud américaine
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Mardi 8 décembre 2009 2 08 /12 /Déc /2009 23:13

 

 

« Chionis », solidement amarré à un corps mort de sept tonnes, se lève puis retombe lourdement dans un fracas assourdissant, suivant le rythme imposé par la forte houle entrant dans la baie complètement ouverte aux vents d’Est de Puerto Madryn.


A bord, la station debout est compromise, rester assis est périlleux, allongé soit ma joue droite est écrasée sur la bordée, soit la gauche est compressée sur la penderie, selon le sens du vent.

Deuxième nuit sans sommeil, les régimes de vents d’Est forment une forte houle et ceux d’Ouest une mer courte et hachée, tout aussi inconfortable au mouillage.
 Les débarquements sur la plage sont autant d’occasions de se changer de la tête aux pieds.


Bienvenue en Patagonie !




Puerto Madryn, seule ville de la Peninsula Valdes, se love au fond du Golfo Nuevo, ses 85000 âmes vivant exclusivement du tourisme. Le golfe accueille 5 mois durant des baleines francas qui viennent mettre bas dans ses eaux.







Il est ironique de constater que ces paisibles animaux, après avoir été massacrés par l’homme pendant des siècles, au point d’avoir frisé l’extinction de l’espèce, assurent aujourd’hui la survie d’un grand nombre d’entre eux. Pas rancunières les baleines…

Des excursions natures sont proposées par une multitude de compagnies, l’éco-business bât son plein, et par pur soucis de protection, les rares voiliers de passage sont interdits dans la zone de villégiature des baleines. La seule façon donc de s’approcher du gagne pain local est de participer à une de ces excursion assurée par  des professionnels respectant l’environnement et la tranquillité de ces précieux animaux.

Les touristes bruyants sont tout d’abords empaquetés dans des cirés multicolores,  puis un gilet flottant orange fluo leur est passé autour du cou, à la manière des jougs des bêtes de traits d’antan, et enfin, ils sont soigneusement rangés sur les bancs des barques en polyester équipés de moteurs puissants attendant en bordure de plage.




Un coup de tonnerre mécanique retentit alors, et les bolides élancent  plein gaz en direction des baleines les plus proches de la côte, rentabilité oblige, puis décrivent une suite de courbes concentriques autours des mammifères, leur coupant toute possibilité de retraite.









Les flashes crépitent, nos valeureux aventuriers hurlent, beuglent, caquettent, piaillent, font de grands signe pour capter l’attention des baleines, les plus téméraires se penchent pour filmer, et finalement tout ce petit monde fait demi-tour au bout d’une heure. La joyeuse bande colorée laisse alors place à une suivante, tout aussi ridiculement harnachée.
180 000 touristes en cinq mois vont se succéder...



Je contemple ce spectacle affligeant du haut d’une falaise dominant une plage aussi vide qu’immense, préférant la solitude d’une ballade dans la steppe patagonne à l’hyperactive chasse à l’image.

La bouteille d´eau que je porte à mes lèvres arbore fièrement en grosses lettres le sigle « Industria Argentina », indication obligatoire dans un pays ou le sentiment patriotique est si fort, mais un discret logo « the coca cola company », juste sous la precedente
résume à lui seul tout le malheur argentin.



Le pays a été parcellisé puis vendu pièce par pièce à des grands groupes occidentaux, en grande partie par Carlos Menem, ancien président aujourd’hui multimillionnaire.


Tout comme l’eau que je bois, les barques dans lesquelles s’entassent les touristes sont exploitées par des compagnies étrangères, pour la plupart nord américaines, qui sont au final les grands bénéficiaires du boom touristico-écologique.




Toujours cette ironie cruelle, l’intérêt actuel porté à la cause environnementale est le fruit de la pollution et l’hyper exploitation aveugle des ressources et espèces terrestres par ces mêmes compagnies…

 

 







Gilles a préféré la sérénité du voyage en autocar climatisé à l’aléatoire confort d’une navigation de plusieurs jours dans les quarantièmes, et je me retrouve à nouveau seul équipage de mon beau bateau, situation qui me convient parfaitement. J’embarque un copain argentin totalement néophyte mais tellement enthousiaste a l’idée d’aller naviguer.

Froid, humide, agité, sportif, sont les adjectifs qui me viennent en premier à l’esprit pour qualifier cette étape, de Necochea a Puerto Madryn, 420 miles environs dont 390 vent de face.


Mais quel plaisir que d’entrer dans le Golfo Nuevo sous spinnaker escorté d’une trentaine de dauphins austraux au ventre blanc, exécutant une savante chorégraphie atavique autour de l’étrave, s’élançant au travers de cerceaux imaginaires et retombant dans une gerbe d’écume, tout comme leurs ancêtres ont du le faire pour saluer la première flotte à explorer cette région, celle de Magellan.






Chionis avance au milieu d’un groupe de manchots à demi endormis, ils s’ébattent soudain, lancent de probables insultes à ce curieux engin flottant venant perturber leur repos, et disparaissent dans les profondeurs. 



Juan Pedro profite sans retenue de sa première navigation hors du rio Quequen,  oubliant bien vite le mal de mer qui l’a terrassé tout le long du voyage.



 

Necochea fut une escale riche en rencontres, échanges, relations humaines fortes, la Patagonie sera celle des grands espaces vierges, de la communion entre mon petit voilier et cette faune riche et abondante qui l’entoure déjà.  
 

Mais tout d’abord profiter des retrouvailles chaleureuses avec L’ami Laurent,  les copains du bateau « Lili »,  Perrine qui arrive dans une quinzaine de jours, la joie de passer les fêtes avec ces personnes qui me sont si chères. 








                                                                                                                   En attendant, je vous laisse mediter sur cette maxime...

Par Fab - Publié dans : Atlantique, cote sud américaine
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Dimanche 8 novembre 2009 7 08 /11 /Nov /2009 21:10

Je plante le décor : Sous un soleil radieux dessinant des reflets d’argent sur le petit rio ou se dandine « Chionis », je me balance doucement au rythme lent d’une musique Reggae dans mon hamac. Le filet de salive, maintenant séché par une légère brise de SW et qui a dessiné une fine ligne blanchâtre entre la commissure de mes lèvres et mon menton, est le témoin discret d’une sieste pleinement réussie après cet asado copieusement arrosé.

Je regarde pensif mon bateau solidement amarré entre deux bouée du Club Vito Dumas de Quequen, 39éme parallèle sud, 58éme ouest.

L’image du courageux navigateur plein d’abnégation entrant dans les trop fameux quarantièmes rugissant en prend un coup.


 

Bilan intérieur du petit mois depuis que nous avons quitté l’insomniaque Buenos-Aires, un passage rapide en Uruguay, une escale technique à La Plata ou a flotté une nuit durant les relents âcres d’une fin de parcours,  trois jours de navigation plein sud qui auront eu raison de ma toute fraîche équipière, elle-même ayant eu raison de ma gaziniére au préalable, et nous voilà Gilles et moi abrité dans ce bras de rivière séparant Necochéa de Quequen.


 

 

 

C’est le souvenir douloureux de cette escale technique qui m’a arraché à l’excellent essai de Naomi Klein, « Stratégie du choc, la montée d’un capitalisme du désastre » ouvrage qui devrait être déclaré d’intérêt public et distribué gratuitement dans le cadre d’un vaste programme de libération des pensées.

 


 


 


 


 

En Europe la sortie d’un bateau est toujours un moment particulier, le voir s’élever au dessus de son élément, suspendu à des câbles métalliques, à la merci d’une mauvaise manipulation ou d’une défaillance matérielle, entraîne chez son capitaine un stress léger. 

En Amérique du sud, la vétusté du matériel et l’incompétence du grutier inversement proportionnelle à son capital sympathie, le plonge dans un état second proche du végétatif.

 

 

« Manana » signifie littéralement « demain » en espagnol.

En Argentine « manana »  est un concept vague que l’on pourrait comparer au « inch’ Allah » des langues arabiques, en y retirant toutefois l’espoir induit par l’hypothétique intervention divine.

Donc après quelques jours de « manana », « Chionis » se présente sous une structure fantaisiste faite de câbles, de tubes au diamètre variable, de poulies et de réas rouillés.

Un groupe de locaux sur la berge nomment alors cette étrange amas de ferraille « La Grue ». Confus, je cache l’appareil photographique que je venais de saisir, persuadé que je me trouvais face à une compression du regretté César.

Deux employés forts sympathiques, donc très inquiétants, placent les sangles sous la coque. Face à ma mine déconfite et à l’angle de 45 degrés que fait le mât, ils consentent à décaler la massive croix d’acier qui sert au levage et me laisser démonter les bas haubans. Le mât se redresse et je ramasse ma mâchoire inférieure tombée à terre. Tout en souriant, plaisantant et me rassurant, ils actionnent un mécanisme bruyant et le bateau se lève doucement, devant un tel étalage de bonhomie je blêmis.


 

La suite est moins drôle, la sangle arrière repose sur le Sail Drive, la boîte de transmission du moteur, qui le relie par un jeu complexe de pignons et d’arbres à l’hélice.

Les bras s’agitent, les cris retentissent mais le mal est fait, le joint étanche saute, le silent bloc qui maintient la transmission explose, un bain d’huile suivra la voie d’eau dans les fonds. Je m’en veux à mort, les sangles non lestées se sont déplacées sous l’eau et j’avais de toute façon mal estimé l’endroit ou se trouvait le Sail.

Rapide calcul, 1000 euros de frais pour le joint, 2300 pour un nouveau Sail Drive et plusieurs mois de « manana » à venir. Je suis effondré, pas le temps toutefois de me lamenter, faute de système pour caler les bateaux, ceux-ci restent tout simplement suspendus le temps de la sortie au bout de la grue, j’ai donc jusqu'à demain matin 8 heures pour trouver une solution, il est 18 heures…

A la lueur des frontales Gilles et moi entreprenons de démonter le Sail, aucune expérience mécanique, chaque boulon ôté est une victoire, chaque pièce sortie nous permet de découvrir un nouveau monde peuplé de vis, de tiges filetées, d’écrous, jusqu’alors soigneusement cachés.

Je passe les détails de cette nuit, une chance extraordinaire a fait que l’alignement moteur-transmission n’a pas bougé, et que le joint en sortant de son logement ne s’est pas déchiré. Quelques coups de marteau assorti d’insultes variées ont eu raison du silent bloc plié, l’antifouling se fera sous la lumière d’un lampadaire et le lendemain « Chionis » repart à l’eau. Certes, il reste une légère fuite d’eau de mer au niveau du joint déformé, mais tout fonctionne parfaitement, un grand soulagement, le voyage ne s’arrêtera pas a La Plata.

 

 

Naviguer sous ces latitudes impose prudence, les prévisions météorologiques des fichiers Gribs téléchargés sur internet sont fiables sans être infaillibles. Les quatre jours de Nord-est annoncés se résumeront à 48 heures de vent portant, trop court pour couvrir les 320 miles qui nous séparent de Necochea. La dernière nuit sera agitée et sans sommeil, « chionis » glisse sur l’eau entre pétole et orages, changement soudain de direction du vent, éclairs et coup de tonnerre, mais nous passerons sans problème entre les digues qui marquent l’entrée du rio.

 

 

 

 

 

 

 

Une colonie de lions de mers bruyants et odorants se prélasse sur une plage à l’entrée de la rivière, les albatros et pétrels géants nous abandonnent, et nous regagnons le monde des hommes.


 


 


 


 


 

 

En quelques jours dans cette petite bourgade nous accumulons les rencontres, les invitations, les sorties arrosées. Loin de la capitale les mentalités sont différentes, les gens accueillants, curieux, avide de nous faire partager leurs traditions et leur culture.


 


 


 


Je suis content d’être ici, content d’avoir un équipier avec qui je m’entend aussi bien qu’avec les précédents, content de mon bateau, content de savoir que la belle Perrine viendra nous rejoindre à Camarones dans quelques semaines.

 

 

Par Fab - Publié dans : Atlantique, cote sud américaine
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Jeudi 15 octobre 2009 4 15 /10 /Oct /2009 23:36
J’imagine les petits doigts boudinés courant frénétiquement sur le clavier, les fronts plissés perlés de sueurs, les mâchoires inférieures tremblantes, les gestes devenus incontrôlables et saccadés, tous ces signes qui trahissent l’impatience d’un lecteur avide et dépendant d’articles frais sur son blog préféré.



Un long silence justifié par une escapade dans une de ces boîtes métalliques qui défient quotidiennement les lois de la gravité universelle, et qui a avalé en 11 heures les 9500 miles parcourus, parfois difficilement, en 18 mois par mon fier « Chionis ».

Pour les rares d’entre vous qui ne regardent pas la télévision, n’écoutent pas la radio et ne lisent pas les journaux, je précise que ma petite nièce Lola est née le 7 septembre dernier.



Rassurez vous je récupère doucement, j’ai vécu l’épreuve courageusement et bien qu’un peu surmené la semaine suivant la naissance, je suis aujourd’hui en pleine forme.
A part ça, les parents vont bien.
Mignonne hein, et en plus elle me bade, si, si, très sérieusement, elle se marre quand je l’approche et me pisse dessus quand j’essaie de la changer, si c’est pas des signes ça !

Ces 18 mois de ballade, dont un loin de mon beau bateau, la naissance de la petite et le fait que je ne la verrais que trés peut, la visite trop rapide à mes proches et mes amis, me renvoient aux questions essentielles, sans pour autant y apporter la moindre réponse.




Celui qui hésite à prendre la mer pour un temps indéfini se pose tout type d’interrogations futiles qui ne servent en fait qu’à justifier le report de son départ. Elles sont d’ordre financier, comment vais-je pouvoir continuer à payer mon abonnement à Libé sans aucune source de revenus, pratique, comment me nourrir dans ces pays ou on ne trouve ni camembert ni sandwiches pâté-cornichon, existentiels, comment ma femme va-t-elle appeler sa mère chaque fin de semaine une fois au milieu de l’atlantique, métaphysiques, vais-je pouvoir communiquer ma passion du sushi aux dauphins qui m’entourent, alors que la seule questions qui reste sans réponse une fois les amarres larguées est : « Mais putain, qu’est ce que je fous là ? ».


Je m’assois sur le rebord du temps et regarde y défiler mes proches, la belle Lola, l’espiègle Nina, le bonheur de leurs parents, le plaisir de Mathilde entourée de sa joyeuse bande de nains au nez coulants, l’apparente simplicité d’un choix de vie apparemment classique dans un monde apparemment fait pour eux.

Je reste immobile à contempler l’interminable balancement du métronome de mes désirs, le paradoxe d’une liberté si contraignante. Pour compliquer le tout se glisse dans l’équation celle qui ferait que lorsque tout va bien tout pourrait encore aller mieux.






Alors survient la seule question, qu’est ce que je fous là, sur un bateau dans le Rio de La Plata, trop loin pour faire demi tour, trop prés pour renoncer. Je ne suis pas parti pour découvrir d’autres lieux et d’autres gens, pour l’expérience et la richesse des rencontres, voilà plus de quinze ans que je sillonnais la planète avant de prendre le large sur « Chionis », le départ est une fuite, il me faut trouver un sens nouveau, une raison de continuer.







Retour sur Buenos-Aires pourtant, joie de retrouver mon petit voilier, plaisir de le partager avec deux équipiers rapportés
 dans mes bagages. Certes, leur expérience de la navigation hauturière s’apparente assez à celle de Bertrand Cantat quand à la gestion des conflits de couple, c’est pas vraiment leur truc.
 Gilles est un infirmier cycliste-escaladeur-skieur et Catherine employée modèle adepte des réunions du Codir (comités de direction, peuh, vous le saviez pas ?), pas tout à fait Tabarly et Autissier donc, en même temps « Chionis » n’est pas tout à fait « Pen Duick », ça devrait équilibrer.



En guise de mise en jambe l’anniversaire bien arrosé de Gilles, un weekend asado avec les copains du « Vent de folie », une folle soirée tango-pizza au club nautique, bienvenue à bord…





J’ai quitté sans regret la mégapole argentine, ses 14 millions d’âmes en peine, son parc automobile hors d’âge crachant des tonnes de monoxyde de carbone, pour retourner en Uruguay, validant ainsi la sortie du territoire argentin et regagner 8 mois pleins pour y revenir circuler légalement à bord de « Chionis ».





Le petit rio Riachuelo nous a reçu le temps d’un pampero qui a couché le bateau au mouillage, plié l’antenne VHF et la girouette, envasé le safran et le Sail-drive empêchant tout mouvement au moteur, le tout sous une tempête de grêle. Heureusement il nous a aussi accueilli le temps d’une belle soirée avec l’ami Jean-René, 23 ans de vie a bord de Ngoc et toujours cette joie intacte et presque puérile à l’idée de continuer son errance océane, et aussi le temps d’une virée pédestre dans l’antique Colonia en passant par les étendue peuplées de cris d’oiseaux des haciendas environnantes.






Retour à la réalité brutal, La Plata, ancien poumon économique du pays ou transitait toute la viande bovine destinée à l’exportation.
L’Angleterre se tourne vers le Commonwealth pour approvisionner sa population en T-bones, la France multiplie les pays fournisseurs, la crise internationale du bœuf achève d’étouffer le site. Schéma trop bien connu car tant répété, fermeture des usines d’équarrissage, des hangars frigorifiques de stockage, abandon total de la zone, fuite des capitaux et seule reste une population privée de travail, de revenus et de perspective d’avenir.




Le soleil du jour couvre d’une chaleur trompeuse les quartiers ouvriers crasseux, explosion de la délinquance, carcasses de voitures et mômes shootant dans des ballons crevés pour seul horizon au travers des vitres sales des maisonnettes aux murs lézardés trop vite construites.







































Un havre de paix et de verdure, si anachronique dans ce paysage, nous entoure pourtant, le Club De Regatas La Plata offre 15 jours de gratuité aux quelques navires de passage, cours de tennis, salle de ping-pong, eau chaude à tous les étages, ou comment il peut parfois être gênant de profiter de ses privilèges d’européen croulant sous la suffisance et l’inutile au milieu de crèves la faim abandonnés par un gouvernement trop occupé à masquer une corruption si flagrante.







« Chionis » va quitter son élément le temps d’un carénage, une belle anode toute neuve va cercler le Sail-drive, et nous mettrons cap sur Mar Del Plata ou Necochéa selon l’ouverture météorologique.

Allez, je ne résiste pas au plaisir de vous en mettre une petite dernière, elle est trop non ?
Pour info, ma nièce c'est la plus petite des trois...

Par Fab - Publié dans : Atlantique, cote sud américaine
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Mercredi 19 août 2009 3 19 /08 /Août /2009 16:39
En Argentine, le monde du nautisme est aussi trouble que les eaux du Rio de la Plata : autant de pièges invisibles dans ce système de club opaque que de récifs masqués par ses eaux boueuses, autant de bonnes volontés noyées par une administration féodale que de bateaux coulés prés de ses cotes.

Pas de marinas ou ports publics, ici tout est affaire de « socios », entendez « membres ». Chaque parc nautique, quelle que soit sa taille, est géré comme une association d’usagers, ou les cotisations de chacun servent à couvrir les frais liés à l’occupation d’un espace appartenant à la ville, allant du loyer annuel aux salaires des employés, des factures énergétiques aux constructions visant à embellir le club ou offrir de nouveaux services. Une commission directive est élue  selon une fréquence variable, elle a un rôle de gestionnaire, un pouvoir de décision, un travail administratif, fixe les tarifs.

C’est justement là que les choses se compliquent pour le simple voilier de passage qui, par définition, ne sera pas un permanent.

 

 « Chionis » passera par quatre clubs en un mois, chacun se le renvoyant comme une patate chaude. J’avais besoin de stabilité pour préparer le bateau, mais j’ai partagé mon temps entre la recherche d’une amarre pour la semaine qui arrivait et les travaux. Tout est bon pour décourager le nomade de pointer son étrave et venir souiller par sa seule présence la belle harmonie régnant dans ce beau monde nombriliste.


 

 

Exemple : « Désolé, vous ne pouvez pas rester ici. »

                 « Pourquoi, vous m’aviez dit le contraire il y a deux jours ! »

                 « On vous a vu pisser dans la rivière, un socio a été choqué. »

La rivière en question est une décharge à ciel ouvert…

 

Au moment d’aller régler mon dû pour la semaine dans une autre association, le secrétaire m’annonce que le tarif sera doublé pour la suivante, pour les bateaux étrangers uniquement, justifiant ceci par une décision de la commission fraîchement élue qui a besoin de fonds pour des travaux.

 

D’autres affichent plus franchement leur politique anti-voilier de passage, demandant jusqu'à 50 euros par jours pour s’amarrer à une bouée dans l’avant port.

 

Les travaux avancent au rythme des changements de ports, mais aujourd’hui le gréement dormant est partiellement changé, l’enrouleur réparé, le moteur révisé, le bateau isolé en grande partie, le plein de pièces détachées assuré.

 

 

 

De belles rencontres, l’ami Roberto, un cœur aussi grand que sa taille est petite et sa barbe fournie, un asado hors du temps avec Jérôme Poncet et son optimisme contagieux, les rires incessants d’enfants qui laissent une douceur impalpable mais si présente dans le carré d’«Hinayana », le trop plein de sympathie qui déborde par chaque panneau de « Lili », ces retrouvailles trop bien arrosées avec Loran…

 

 

 

 

 

 

 

Les bouteilles tombent, les viandes rôtissent doucement sur les grilles, les langues se délient, les individualismes se mélangent pour finalement se fondre dans le groupe, une solidarité des gens de mer disparue depuis bien longtemps explose les barrières de l’égoïsme imposé par notre société moderne, et chacun filera un coup de main, ce bout de tube ou cette durite introuvable, un conseil, un outil à son voisin. 

Est-ce le besoin d’appartenir à un groupe, la recherche de repères si loin de son pays et ses habitudes, le rapprochement naturels de personnes au style de vie semblable, la nécessité d’échapper parfois à la solitude de son carré, qui font qu’un pilote de ligne partage son vin avec une ancienne mauvaise pousse de banlieue, un restaurateur aisé avec un marginal vivant sur un caillou, un vétérinaire avec un psychologue?

                                                                                                                                                                                             J.Poncet

 

 

Demain « Chionis » change une nouvelle fois d’amarrage et je vais le laisser le temps d’une escapade en France. Penser autre chose que bateau, mouillage, cap, conditions météorologiques, m’est nécessaire, ne serait-ce qu’un petit mois.

Une ballade dans cette belle vallée des Alpes si chère à Mat et Lolo, un crochet par le pays de la pelote basque, une incursion dans les hauts plateaux d’Ardèche,  un retour aux sources le long les plages varoises, un plongeon dans le bain familial à Montpellier, et surtout un plein de retrouvailles de ces êtres chers qui accompagnent souvent par la pensée les longs quarts nocturnes, voilà la formule magique pour repartir le cœur gonflé à bloc, le moral au zénith  et l’esprit libre vers les paysages de Patagonie.

 

La suite du voyage se dessine au fil des endroits que je ne veux pas manquer, des copains de route que je veux croiser, à cette vie sauvage terrestre, aérienne et marine que je veux suivre au grés de ses migrations, aux impératifs liés à la sécurité sur mon petit sloop.

En rentrant fin septembre je filerais sans tarder vers La Plata, voire Necochea s’il y a une possibilité d’y lever « Chionis ». Un carénage rapide et cap au sud, à la rencontre des baleines du Golfo Nuevo, des colonies de manchots, d’albatros, de pétrels et autres otaries de la baie de Camarones, des mouillages typiquement patagons de caleta de Horno, caleta Sara, des îles de Tova ou Léones.

Rendez-vous est pris avec « Lili » pour passer noël chez Loran.

 

En attendant une belle aventure de terriens m’attend une fois passée les portes de l’aéroport.

 

 

 

 

 

 

Par Fab - Publié dans : Atlantique, cote sud américaine
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Jeudi 9 juillet 2009 4 09 /07 /Juil /2009 20:53
"Chionis" s'offre une plongée dans les abysses de la ville et ses mirages.
Buenos-Aires, la capitale état d'Argentine, abrite 3 millions d'âmes, mais avec sa grande banlieue c'est 14 millions de personnes qui vivent dans ses environs immédiats,  la faisant ville la plus peuplée Amérique du sud.
La moitié de cette population semble en permanence battre le pavé dans les rues de la métropole, courant plus qu'ils ne marchent entre les stations de métro et des lieux inconnus pour le profane, comme tous attirés par des aimants géant qui quadrilleraient les différents quartiers, pendant que l'autre peste au volant, zigzaguant à la recherche d'un échappatoire à ces routes saturées de véhicules hétéroclites.






Je me demande en regardant le monde s'agiter autour de moi à quel moment l'esprit humain accepte sa condition sans plus chercher à l'amméliorer ou la fuir, quand se résigne-t-il à vivre une vie de merde dans un entourage injuste et un environement puant, cherchant ses seules joies dans l'abrutissement télévisuel et seuls plaisirs durant les quelques semaines de congés que lui accorde généreusement son patron.





Jusqu'à présent j'avais soigneusement évité les grands centres urbains, leur préférant la solitude des criques, embouchures de rivières et autres petites baies. Malheureusement, les soins que requiert mon beau navire ne s'appliquent pas en pleine nature, et Buenos-Aires possède cet énorme avantage d'être la seule ville Amérique du sud offrant tous les services et matériels nautiques à prix compétitifs. Nous voilà donc cernés de tours de verres et de blocs en béton, humant a plein poumons un air saturé d'oxyde de carbone, et le port de commerce proche nous impose d'impréssionnants voisins.




Il y a encore moins d'une semaine j'avais trouvé refuge à Riachuelo, un petit rio aux portes de Colonia en Uruguay, cadre idyllique et solitude assurée.
L'arrivée dans ce paradis végétal fut des plus mouvementée, 40 noeuds de NE m'ont permis d'avaler en 20 heures les 120 miles qui le séparait de l'île de Flores, prés de Montevidéo.
 Les 50 annoncés pour le lendemain au SW ont tenus leur promesse, 18 bateaux jetés à la cote, un mort.
Je suis arrivé bien fatigué, froid, pluie, pas de pilote pour cause d'embardées trop fréquentes, conséquence logique je suis entré trop rapidement dans la passe étroite, un coup de tonnerre a retenti dans tout le bateau, premier talonnage de "Chionis" contre un rocher immergé. J'ai mal jugé la vitesse du courant qui me poussait a l'intérieur du rio.




Plus de peur que de mal, rien n'a bougé, mon bateau est solide.

Moi moins, je m'entaille la main profondément en assurant le mouillage, je patauge dans l'eau glacée pour aller m'arrimer à un arbre, le moteur refuse obstinément d'accélérer.
Un bandage avec une chaussette et un décrassage des filtres à gasoil et à air plus tard, je peux enfin me reposer et laisser passer en confiance la grosse dépression (11 Beaufort annoncés, les initiés apprécieront!).




Un rapace niché sur une branche voisine veillera sur mon voilier lors de mes nombreuses escapades champêtres. La rivière est ceintes de forêts d'eucalyptus et de pins, de bosquets de bruyère, bordée par des plages de sable fin, des petites cascades en amont font chanter les galets.

 De nombreux oiseaux, chevaux,  bovins seront ma seule compagnie pour cette semaine passée trop vite. Un tour par la ville de Colonia, une quinzaine de kilomètres plus a l'ouest,  pour prendre la météo et nous quittons l'Uruguay pour l'Argentine.





En guise de bienvenue, le Yacht Club Argentin m'offre une semaine gratuite dans son bassin.

Douche chaude, accès internet dans un bâtiment d'époque, meubles en bois précieux, fauteuils de cuir, salon privé, un bon aperçu des us et coutumes locales, ici on ne fait pas de la voile mais du "yachting", réservé à l'élite. Les propriétaires de voiliers sont tous membre d'un club, plus ou moins luxueux selon le standing de ses adhérant.


Le premier contact avec l'administration du pays ne m'enverra pas derrière les barreaux comme en Uruguay, l'expérience passée m'aidera à supporter l'épreuve et a réprimer la furieuse envie d'écraser mon poing sur la gueule de ces fonctionnaires oisifs et suffisants.
Trimbalé de bureaux en offices, d'incapables en incompétents, je collectionne les coups de tampons qui font l'orgueil de toute administration, mon imperméable n'est pas de trop pour éviter les giclées orgasmiques que procure à ces  bureaucrates baveux l'acte de frapper rageusement les feuillets imprimés avec leurs précieux outils de bois et de caoutchouc.


Délivré pour un temps des obligations administratives, je peux me ballader dans les rues grouillantes de la capitale. L'architecture est un mélange relativement harmonieux d'ancien et de moderne, les grands édifices coloniaux se mêlant aux grattes ciel de verres.
Buenos-Aires est une cité hyperactive, sa marche est a peine freinée par la pandémie actuelle. La Grippe A a tué 60 personnes au moins, en a contaminé 2500, et l'Argentine est le pays le plus touché aprés les USA et le Mexique. En ce long week-end de fête nationale les lieux publics resteront clos, théâtres, cinémas, salles de spectacle, pour limiter la propagation du virus. La presse accuse le gouvernement de lenteur, de n'avoir pas réagit dés les premiers cas avérés.



Le tourisme est en chute libre, l'économie en souffre, le pays semble avoir été condamné par une force maligne à avancer de crise en crise, à peine se remet-il d'une que la suivante le frappe de plein fouet. Dictature militaire, guerre des Malouines, effondrement économique, inflation galopante, crise du boeuf (l'argentine en est le premier exportateur mondial), et maintenant grippe A. malgré tout le peuple reste confiant et le patriotisme s'exprime dés le plus jeune âge.


Evidemment il y en a, toujours plus nombreux, qui restent sur le bord de la route... Tout le monde ne peut appartenir au club trés fermé des privilégiés qu'aucune catastrophe n'atteindra jamais.


Par Fab - Publié dans : Atlantique, cote sud américaine
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Lundi 22 juin 2009 1 22 /06 /Juin /2009 15:54

Parfois, je pense que j’aurais eu mieux fait d’acheter un camping-car…

L’arrivée en Uruguay fut des plus laborieuse, le vent annoncé portant en quittant Rio Grande ne le restera que quelques heures avant de virer plein nez, levant une mer courte et cassante, puis rapidement créant un courant contraire, qui, additionné à la dérive du bateau, me force à tirer des bords de 150 degrés, soit une progression quasiment nulle. 180 miles en quatre jours et autant de nuits, distance que « Chionis » couvre en 36 heures avec des conditions favorables. Le trafic intense en approchant du Rio de la Plata empêchait toute période de sommeil supérieure à 20 minutes. Ainsi donc, les conditions étaient réunies pour transformer mon petit sloop en grosse galère.


Néanmoins, tout au long de cette route erratique,j'ai été accompagnés de manchots, lions de mer, dauphins et autres albatros, ces albatros que je voudrais mais ne peux photographier en vol. En effet, ils restent a bonne distance du bateau au contraire des autres oiseaux ou animaux marins.
 J’ai fini par comprendre la raison de cet étrange comportement, resurgit alors cette période si noire de mon existence, mon passé dans les T.A.A.F., les terres australes françaises. Sous le couvert de la science, l’ornithologue, un sinistre individu filiforme et basané, se précipitait sur les malheureux volatiles pour leur faire subir moult outrages, mesures et autre séances de pesée, avant de nous ordonner d’aller tâter le croupion de ces innocentes créatures pour y détecter la présence d’un œuf.




Certaines personnes, que je ne nommerais pas par égards envers leurs familles, y prenaient un plaisir sadique et certain. Les plus vils d’entre nous, Stephane Merese et Jean-Marie Saurel  (pour ne citer qu’eux et tant pis pour leur famille), les yeux injectés de sang, un léger, mais constant, filet de bave coulant sur leur vêtements, avaient du mal à contenir le tremblement qui saisissait leurs doigts en les approchant de la partie à palper. Combien de générations de poussins traumatisés par leurs agissements pervers, combien de photographes amateur frustrés faute à une conduite si déplacée ?


Otarie a la pêche a la raie....


Je me repose tranquillement de cette naviguation pénible dans le petit port de La Paloma, porte d'entrée en Uruguay mais aussi sur le Rio de la Plata.
Ambiance lendemain de fête un peu trop arrosée, la ville est une station balnéaire très prisée des uruguayens et autres argentins, mais en cette période hivernale tout semble vivre au ralenti. Des voitures dignes de musée européens arpentent les rues en pétaradant, vieilles Chevrolet trop larges,  Peugeot 403, Mercedes antiques que quelques nazis auront apporte dans leur valise après la seconde guerre mondiale, venant se réfugier dans le pays pour échapper au tribunal de Nuremberg.
Ici l'éducation nationale est une fierté affichée, de gros blasons vantant les bienfaits de l'etat ornent les porches de ces écoles austères, les enfants défilent en rang d'oignons vêtus de blouses blanches immaculées, une cravate bleue pastel nouée en gros noeud style oeuf de Pâques apporte une touche coloré a l'uniforme. Répétition de chants patriotiques dans la cour de recréation sous le regard satisfait des jeunes enseignants, en cette période électorale le nationalisme est aiguise.
Une ballade mémorable dans la communauté hippie du cabo Polonio, cette avancée sur la mer tel un doit tendu vers l'atlantique, des cabanes faites de milles ustensiles et matériaux, tout y passe, tôle ondulée, planches inégales, bois délavé trop longtemps malmené par la houle du large, briques et parpaings, ferraille diverse. Une colonie de loups de mer cohabite avec cette étrange population. Quelques panneaux solaires pour les constructions plus modernes, des puits creuses ça et la pour les besoins en eau douce, des plantations de cette herbe qui rend moins con sont disséminées dans les dunes alentours, une autosuffisance apparente qui profite toutefois des 1500 visiteurs quotidiens en été pour en tirer quelques bénéfices.
Mais en cette période, tout est calme, les portes s'ouvrent, les langues sont déliées. 

Je reprends après une semaine oisive mon cabotage uruguayen, Gorriti, Punta del Este, Piriapolis. L'Uruguay est un pays de flics et de militaires, les 15 ans sous la dictature de ces derniers ont laisse de profondes cicatrices dans les mentalités, une loi dite d'impunité garanti aux bourreaux passes la tranquillité au nom de la réconciliation nationale. Il faut se signaler a chaque ports au commissariat militaire local, la "prefectura", les mouillages sont soumis a de rudes conditions, voire interdits, et désobéir a ces règles vous conduit droit chez le commissaire local, expérience vécue dont je me suis bien tire. Les gardiens de la république n'ont pas le sens de l'humour.
Je lèverais l'ancre cette nuit pour rejoindre la capitale du pays, Montevideo, ou m'attendent deux copains rencontres au cabo Polonio,  quittant un village endormi pour gagner une ville insomniaque.                                                                            

Par Fab - Publié dans : Atlantique, cote sud américaine
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Dimanche 7 juin 2009 7 07 /06 /Juin /2009 17:09
Solidement amarré le long du ponton jouxtant le musée océanographique de Rio Grande del Sur depuis quinze jours, nous sommes impatients, mon bateau et moi, de quitter le Brésil, et l'heure de reprendre le large a enfin sonné. Un groupe de cormoran perché sur un squelette de bois semble n'attendre aussi qu'un signe du ciel pour s'élancer. Une forte tempête de SW a entraîné la fermeture du chenal d'accès pendant plusieurs jours, une grosse mer interdisait tout mouvement vers le nord ou le sud. Escale forcée des plus agréable, outre un amarrage sûr et gratuit, le musée offre un accès au wifi, au 220V et à l'eau douce. Il suffit de repérer le trou dans le grillage qui ceint la marina voisine pour s'offrir une douche chaude au même tarif.





Officiellement "Chionis" a quitté le Brésil depuis une douzaine de jours, nous sommes donc tous deux clandestins; les risques de contrôle existent certes, mais un français ici a autant de chance se retrouver dans le premier avion charter en partance pour son pays qu'un béninois illégal à Paris en aurait de ne pas se faire expulser à coups de pieds au cul. Toutefois, les lignes Rio-Paris n'étant pas très sûres en ce moment, j'évite de me faire remarquer, on n'est jamais a l'abri d'un agent d'immigration zélé.



L'arrivée dans cette ville avait été des plus agréable, 300 miles depuis Imbituba au nord, un départ musclé et 165 miles avalé en 24 heures, puis deux jours calmes, sous spinnaker  "Chionis"  surfe sous le regard des albatros qui planent sans efforts, portés par le vent et ses courants. Une colonie de dauphins nous ouvrira la voie dans le long chenal qui relie Rio Grande à l'océan, une douzaine de miles (25 kilomètres) à couvrir au moteur le long d'une digue protégeant un port immense au trafic intense. Finalement, un lion de mer crève la surface alors que nous approchons du ponton de bois, nous regarde curieux, puis disparaît dans l'eau verte, tout est réuni, bienvenue dans le sud.






 
La ville d'Imbutuba, notre précédente escale, abritait la  dernière station baleinière en activité d'Amérique du sud jusqu'à sa fermeture en 1973, des ruelles de poussières, des maisons de bois et de tôle, une ambiance far west, un port d'un autre temps ou une grue multicolore sans âge décharge lentement les cales de ces cargos pissant la rouille tant à l'étroit dans son enceinte. Un abri qu'une forte houle de nord-est rend précaire, les débarquements en annexe sur la plage seront sportifs, bruyants et surtout humides!










La population indolente partage son temps entre la pêche, les ballades en vélo sur cette plage sans fin et les quelques mots échangés au café du coin.
Exemple de conversation, 10H du matin face a un troquet répondant au doux nom de "O Bom Café".
Je demande au tenancier  "Dois cafézinho com favor", soit ' deux expresso.
Le type: "On ne vend pas de café ici, désolé" (je vous la fait en français, plus facile).
Je ressors de la boutique, outre le nom qui ne souffre, même en portugais, d'aucune ambiguïté, des tasses fumantes sont dessinées sur la devanture, une publicité pour une marque de café est collée sur la vitrine, je rentre et ai une forte envie d'embrasser le mec, lui faire comprendre à quel point j'adore cette situation, ce décalage, et commande une bière...





Myriam a quitté le bord jeudi passé, appelée par des obligations d'un autre monde,  peuplé de banquiers, d'assureurs, de patrons et d'employés, de crédits, d'automobiles et de métros, de routes à suivre et de chemins dont il ne faut pas s'écarter, de caddies débordants d'inutile, de publicités vantant cette vie qui sera immanquablement plus douce une fois tel produit acheté.
Aidé de caipirinha, je m'élève de quelques centimètres, suffisant pour une vue d'ensemble sur le monde qui m'entoure, puis vais titubant flotter dans les ruelles pavées de la ville; fin de semaine, les gens s'agitent, se pressent aux caisses des supermarchés pour dépenser l'argent gagné dans la semaine, se nourrir, se vêtir, se loger, et lundi il faudra recommencer, une caipirinha de plus et je zigzague entre les voitures, est-ce moi qui ne marche pas droit ou eux qui vont tous de travers? Il est temps de retrouver mon microcosme et de fuir cette fausse réalité. Un an de vadrouille océane et je suis toujours autant  tiraillé entre l'envie d'ancrer mon futur, le partager avec une femme, des enfants, et le désir de fuir éternellement un systéme qui m'écoeure autant qu'il m'effraie. Lorsque que l'envie s'invitait, je m'en suis toujours défait avant que la tristesse ne s'installe à sa place, mais pour combien de temps encore...







Me reste à aller saluer une dernière fois le manchot de Magellan en convalescence à l'infirmerie du musée, on se retrouvera dans le grand sud, autant entretenir de bonnes relation avec les futurs voisins de mouillage, dire au revoir aux copains de pontons, vérifier que la cargaison de cachaça, denrée hors de prix en Argentine, est bien arrimée, et cap sur La Paloma, première escale uruguayenne de cette errance salée.





Par Fab - Publié dans : Atlantique, cote sud américaine
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Vendredi 15 mai 2009 5 15 /05 /Mai /2009 17:25
Imagine une île de 190 Km², avec un point culminant à plus de 1000 mètres, ceinte de plages blanches et de cocotiers, une jungle dense occupant son intérieur, peuplée de singes plus ou moins gros, plus ou moins curieux, de perroquets multicolores, de caïmans, d oiseaux de toutes sortes, visualise les sentiers qui sillonnent ce domaine, les bons abris dans les baies protégées pour laisser "Chinois" en sécurité pendant les ballades ou la pêche dans le lagon.  





















  



Ensuite, porte toi une dizaine de miles plus a l'ouest, dans les fjords de Mamangua et Paraty Mirim, une longue plage bordée d'imposants avocatiers et fromagers, une route défoncée ou un bus hors d'âge reculant chaque jour l'heure de sa mise à la casse te mènera a Paraty, plus ancienne ville fondée par les portugais au Brésil, chef d'oeuvre d'architecture coloniale. Rues inégalement pavées, façades aux couleurs vives semblant sorties de la palette de Gaugin, maisons de style et églises

 majestueuses. Seule ombre au tableau, son classement monument historique par l Unesco lui vaut l'assaut de hordes de touristes, faisant s'envoler le prix de la caipirinha au bar du coin. 


Te voila a bord de "Chionis", quelques 200 kilomètres à l'ouest de Rio de Janeiro, dans un petit paradis préservé de la convoitise des agents immobiliers.




 
Le coin nous gardera presque deux semaines, ce qu'il fallait pour me remettre de l'expérience urbaine qu'est Rio.
Une ville démesurée, sans âme, sans repère autre que celui du roi Dollar, qui s'étend chaque jours un peut plus, miroir aux alouettes pour une population rurale désireuse d'améliorer sa condition. De véritables grappes de béton se forment sur les pentes qui entourent la baie de Guanabara, favelas rapidement construites pour abriter les candidats malheureux à la promesse d'une vie plus prospère. Le long de la plage de Copacabanha la jeunesse dorée carioca se pavane, bar branchés, sourires éclatants, restaurants français ou italiens, pendant que des mômes chassés par la police omniprésente tentent de fouiller les poubelles. Pas de ruisseau rouge ou s'écoule la honte de chacun, comme dans le roman de Boris Vian, ici on vit dans le fait accompli, on s'affranchit des responsabilités et garde bonne conscience. Je ne peux échapper à la marina, endroit aseptisé on ne peut plus luxueux, dans le quartier Nitteroi, loin du centre mais à prix abordable. Un rapide tour au Corcovado, au parc de la Citade, au pain de sucre et nous voilà repartis sans se retourner.





Premier petit bilan, déjà un an que "Chionis" a quitté Port-pin-roland dans le var.
8500 miles avalés, 350 litres de gasoil engloutis, 30 litres d'essence pour le moteur hors-bord (on rame beaucoup!), un parcours qui se dessine chaque jour, au grès des lubies du capitaine, des rencontres et des envies du moment, rien n'a été preparé et rien n'est figé. En achetant ce bateau je comptais rester quelques années en méditerranée, mais bien vite attiré par le toujours plus loin, l'atlantique s'est invité a la ballade, puis du Brésil je voulais gagner la mer des Caraïbes et ses navigations faciles, mais la peur du trop plein de gens et de bateaux, le désir d'aller errer loin des sentiers battus ont provoqué un virement de 180°, et me voilà non loin du Rio de La Plata, bras de mer qui sépare l'Uruguay de l'Argentine.



3200 euros environs de budget, c'est peut et s'explique grandement par le fait que le sort m'a épargné les coûteuses casses matérielles, et que j'ai passé plus de temps au maghreb, en Afrique de l'ouest et en Amérique du sud qu'en Europe méditerranéenne.




Le chantier qui s'annonce à Buenos-Aires sera onéreux pourtant, mais la suite de ce voyage est à ce prix.



 
Je dois au plus vite gagner la capitale argentine, "Chionis" doit sortir de l'eau pour des travaux importants. Tomber le safran avant qu'il ne lui prenne l'envie de le faire seul, réparer voire changer l'enrouleur qui a perdu toutes ses billes et reste en place par miracle, changer l'étai principal, un toron ayant lâché, et les autres tant que j'y suis, sans compter la multitudes d'autres menues bricoles dont la liste s'allonge chaque jour. Je n'étais pas prêt pour un long voyage et mon bateau non plus, conclusion sans appel après tous ces miles parcourus en moins d'un an.
Le bilan est certes très positif, mais pour continuer je dois me poser quelques mois, l'hiver qui arrive m'en donne la possibilité.
Voila pour ce petit état des lieux chiffré, pour ce qui est d'un bilan plus personnel  j'en parlerais dans le prochain article. Si je raconte tout maintenant que dire dans le prochain post...











En guise de conclusion, une amicale pensée pour mon copain Jean-Marie et son équipage, secoué à bord de leur machine à laver partie du Marin en Martinique pour rallier la Bretagne, bon courage, les Açores ne sont plus qu'a quelques miles!



 
Par Fab - Publié dans : Atlantique, cote sud américaine
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