Vendredi 26 septembre 2008 5 26 /09 /Sep /2008 19:15

                                                                       

Vous pouvez sauver la vie d’un homme en réagissant à cet article. Trés sérieusement. Dans un rêve la nuit passée, je me saisissais d’un fusil mitrailleur et, tel un jeune finlandais vivant mal son acné persistante, je jaillissais arme à la main au rayon bricolage du Castorama local et je vidais ma haine et le chargeur sur le vendeur, qui arborait toutefois, contrairement aux petits copains du nordique boutonneux, son sourire stupide de conseiller zélé prompt à vous escroquer. Ce même sourire qu’il me décrochait la veille en m’expliquant, à grand renfort de termes savants piochés dans le « mode et travaux » du mois dernier, que si je devais une fois de plus acheter un pistolet à colle c’est sûrement car je m’en servais mal ! J’évalue en ce moment même les conséquences d’une telle action, et je mise tout sur le fait que le juge puisse être bricoleur lui aussi et sera donc clément. Je dois préciser que le budget « pistolet à colle » du bord dépasse de loin tous les autres secteurs, et qu’il est très certainement supérieur au budget tailleur d’Hillary Clinton, imaginez donc! J’ai tout essayé, du premier prix au plus perfectionné, en passant par les nombreux intermédiaires, et le résultat est toujours aussi déprimant pour moi et plombant pour mon porte-monnaie,  ça casse systématiquement au bout de quelques utilisations ! Aidez moi, envoyez sur cet article tout conseil qui sauvera la vie de ce crétin congénital, une astuce, une marque plus fiable que les autres, une façon  moins radicale de vider ma colère…

 

Les travaux avancent sur « chionis », motivés par la préparation d’une route aussi théorique qu’inutile, mais bien réconfortante. Il faut un itinéraire, ne serait-ce que pour le plaisir de ne pas le suivre. Le départ est classique, le bateau retourne dans son élément le 15 octobre, et de Martigues se laissera porter jusqu’au Baléares, escale rapide vu qu’il commence à faire froid, puis le Maroc méditerranéen et rapidement atlantique après le stressant passage du détroit de Gibraltar. Les Canaries devraient nous abriter quelques jours avant le Sénégal, le Cap-vert et le Venezuela. Un crochet au nord par Cuba avant de passer le canal de Panama et de se jeter dans le pacifique, les îles Galapagos  puis la Polynésie sont programmées, après on avisera.

 

Je devrais être accompagné de deux équipiers pour le début de cette escapade, décision mûrement réfléchie tant le solitaire me convient. Mais pour des raisons de sécurité évidentes, surtout en Méditerranée si fréquentée, j’ai besoin de pouvoir me reposer sans le soucis permanent de me retrouver au fond, percuté par un cargo qui ne s’en sera même pas rendu compte. 

 

Le bord s’est équipé d’un pilote secours, en attendant le principal, le régulateur d’allure sera en place semaine prochaine, la coque a fait peau neuve, multiples travaux en attente ont été effectué, les toilettes ne fuient plus, le moteur a été bichonné, tout s’annonce pour le mieux. Le plus pénible fut bien sûr le ponçage de la coque, qui m’a donné l’apparence d’un schtroumpf pendant deux jours, les vigiles du supermarché du coin ont d’ailleurs été bien embêtés, certes un homme bleu n’est ni noir ni magrébin, mais il n’est pas blanc non plus, alors au non du sacro-saint principe de précaution j’ai été suspecté puis fouillé en bonne et due forme, on ne la fait pas a ces fins limiers, j’aurais pu être un homme de couleur caché sous de la poussière bleue!

 

 Je suis impatient de retourner en mer, la vie de terrien sur un bateau est une vraie galère,  perché à trois mettre du sol, dans un chantier aux allures de terrain vague détrempé par cette pluie fréquente, livré à la voracité des moustiques martegaux, je pense avec  nostalgie aux mouillages idylliques en Corse, aux ports de pêches si authentiques de Tunisie. Là bas au moins je ne voulais pas exterminer la race des vendeurs narquois aux sourires stupides… Mais j'ai revu Perrine et depuis le ciel est plus bleu, ce qui justifie amplement d'être venu passer un mois dans ce coin si peu acceuillant.

Par Fab - Publié dans : Méditerrannée
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Samedi 30 août 2008 6 30 /08 /Août /2008 11:57
  

J’ai quitté il y a quelques jours la Tunisie, non sans un petit pincement au cœur tant ses habitants m’ont touché. Dernier exemple évocateur, un jeune homme d’une vingtaine d’année rencontré sur les quais de Tabarka voulait partir avec moi, en se lestant pour rester sous la ligne de flottaison de « chionis » tout en respirant à l’aide d’une durite, « jusqu’en Italie seulement » insistait-il, inconscient des dangers mais prêt à tout pour quitter le pays. L’iniquité de nos conditions me frappe. Il m’est difficile de me savoir libre d’aller et venir, parfois fier de tenir tête à cette police toute puissante mais craintive du touriste et avide de ses devises, dans une dictature qui, alors qu’elle paraît si pleine de bonhomie tant le sourire affiché de l’omniprésent Ben Ali inspire une sécurité quasi paternelle, est l’une des plus répressive de la planète. Impuissance complice du visiteur qui ne fera rien pour changer les choses, et peut être les cautionne par sa seule présence. A quand l’intervention des « forces de paix », si souvent utilisées afin de bombarder et gazer les récalcitrants au système établi, pour libérer ce peuple asservit ?

 

J’ai laissé mon bateau seul, chose impensable jusqu'à présent, sous la surveillance tout de même de deux amis voisins, pour changer de mode de transport, train, bus, taxi, ferry, et me rendre dans le îles Kerkennah, inaccessible à « Chionis » du fait de son fort tirant d’eau. Escale plutôt sympathique, mais qui m’a confirmé si besoin était que je conçois plus de voyager autrement qu’en bateau.







 

Je regagne donc les contrées européennes, commençant par la Sardaigne, ou je vais retrouver les petits bonheurs simples de tout être civilisé, comme manger du fromage digne de ce nom, me gaver de cochonnaille, payer le kilo de tomates 3 euros, et, le plus important à mes yeux, enfin pouvoir chier dur, et étaler les quelques restes peut enclins à se jeter dans ce grand vide émaillé blanc (on ne le serait moins) avec du bon papier ouaté, fini de se badigeonner le cul avec un tuyau d’arrosage mal sertit qui inonde tant le fond de culotte que les baskets (je ne porte que des thongues, pas con !) .

 


M’attendaient alors au détour les plaisirs et galères de la navigation en solitaire.

En résumé, LE plaisir, se faire bronzer intégralement à la barre sans risquer d’heurter la pudeur d’autrui, ou de s’exposer aux sobriquets moqueurs d’un éventuel équipage sénégalais se gaussant de vos mensurations pathétiques, et LES galères, le reste. Au début tout semble insurmontable, être à l’avant du bateau pour lancer une amarre tout en tenant la barre 10 mètres derrière, jeter l’ancre tout en appuyant au moteur, toujours à 10 mètres, rester constamment à la barre dehors tout en voulant se faire un bon café ou se restaurer à l’intérieur (j’aurais du prévoir une cuisine extérieure), et tout simplement s’assoupir alors que le voilier n’en fait qu’à sa tête , pour peu que le voilier ait une tête ce dont je doute fortement vu son comportement. Mais rapidement tout devient plus simple, et la facilité propre à la navigation en équipage se transforme en curiosité, en recherche. Tient, « Chionis » maintient son cap parfaitement barre amarrée au vent lorsqu’il file au prés , un simple vérin de pilote non branché garde le bateau dans l’axe pendant les manœuvres de mouillage, certes il manque quelques équipements pour de vraies traversées, soit plusieurs jours et non 24 heures comme jusqu’à maintenant, mais je découvre des qualités insoupçonnées à ce bateau pourtant déjà bien pourvu. La traversée Tunisie Sardaigne, pourtant bien secouée et ventée, fut un réel plaisir, et me voilà rassuré, du haut de mes 150 miles en solitaire, sur nos possibilités, « Chionis » et moi.





 Après m’être volontairement égaré dans le dédale des ruelles étroites formant la labyrinthique Caloforte, je regagnais le bord pour y boire un apéritif aussi mérité que détaxé, tout en grignotant des cacahouétes bon marché dans ce port gratuit de la cote sud-ouest sarde. Précision nécessaire, la gratuité n’est due qu’a une simple manœuvre : Arriver vers 18 heures avec le gros du contingent, puis se faufiler vers un emplacement vide alors que le placier est occupé à tendre les pendilles aux loueurs généreux en pourboire, et enfin partir le lendemain avant 7 heures pour ne pas croiser le maître du port qui aurait l’outrecuidance de vous réclamer pécule.






La plupart des personnes rencontrées lors de cette escapade méditerranéenne imaginent que le plaisancier est riche, ce qui est vrai dans la majeure partie des cas, mais fort heureusement il reste quelques irréductibles qui usent et se partagent d’habiles stratagèmes pour que cette vie reste une joyeuse promenade pour vagabonds flottants. Jusqu'à quand ?

Par Fab - Publié dans : Méditerrannée
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Lundi 18 août 2008 1 18 /08 /Août /2008 12:49

Les quelques jours passés sur l’île de la Galite resteront un moment particulier de cette ballade méditerranéenne. Archipel rocheux d’origine volcanique situé à environs 40 miles de Tabarka dans le nord tunisien, La Galite en est l’îlot principal, 5 kilomètres sur 3, amas de falaises et de pics semblants découpés grossièrement par un couteau géant mal affûté, il culmine au dessus des flots qui le cernent à 400 mètres.  La Tunisie y affirme sa souveraineté par la présence d’une dizaine de familles, militaires volontaires sans uniforme ni fusils qui font revivre de leurs ruines les bâtisses témoins d’une prospérité passée. Il est difficile d’imaginer que ce caillou hostile ait eu une histoire si mouvementée, entre l’établissement d’un « monarque » corse au XVéme siècle, la présence de trafiquants napolitains en tout genres et de tout temps, les rafles de chrétiens qui s’y étaient réfugiés au XVIIIéme, les conquêtes répétées pour exploiter tant le précieux corail rouge que ses eaux regorgeant de langoustes, et la détention du plus illustre homme d’état que le pays ait connu, Habib Bourguiba, de 1952 à 1954. Tout s’est arrêté en 1964 lorsque la France proposa aux 200 âmes qui peuplaient La Galite la nationalité et un rapatriement en Provence, chose concevable car à l’époque Brice Hortefeux n’était encore qu’un étudiant grassouillet et boutonneux,  préférant  écouter du yéyé plutôt que de débattre sur l’identité nationale.

 


 

La gentillesse des occupants et des pêcheurs de passage rend cette île attachante, celui qui se donne la peine de fouler son sol sera amplement récompensé. L’isolement relatif de ces terres  donne au lieu et à ses habitant un caractère mystérieux,  qui risque fort de disparaître si le projet de réhabilitation écologique abouti  à son terme, titre pompeux qui signifie tout simplement une volonté de développement touristique.

 

 

 

Chionis est donc maintenant a Tabarka, dans le petit port de plaisance jouxtant la ville. De gros changement ces derniers jours, changement de cap, d’équipage et réconciliation avec le monde des plaisanciers.  Le premier découle directement du second, Mathilde et Laurent ont quitté le bord ce matin pour une autre embarcation. Un ferry, monstre d’acier et puit de gasoil sans fond, va les ramener en France à plus de 30 nœuds, afin de retrouver le travail, la voiture et l’abrutissement cathodique qui conditionnent la vie civilisée d’un pays industrialisé. Retrouver un équipage avec lequel je m’entendrais aussi bien est impossible, aussi vais-je équiper mon plan Marconi pour la navigation en solitaire. L’installation du régulateur d’allure, achat d’un pilote automatique, renfort de la protection du sail-drive, grattage et peinture de coque mais aussi la multitude de bricoles remise à plus tard, vont m’imposer un chantier à terre d’un mois environs, sûrement prés de Sète. Je vais donc ramener le voilier tranquillement pour être début octobre sous les ponts levants du principal port de pêche français.

 

 

Je vais devoir m’habituer à vivre sans râler en jetant des seaux d’eaux pour chasser ces longs poils recourbés, offrande capillaire du séant bien garni de Lolo, qui envahissaient le cockpit et bouchaient quotidiennement, grâce à leur longueur exceptionnelle, ses évacuations pourtant surdimensionnées . Qui pourra désormais imiter le joli sourire de Mathilde, ponctuant ses propos et tuant dans l’oeuf mon courroux, lorsqu’elle nous expliquât que la perte des toilettes du bord, bouchées à Kelibia par on ne sait quel corps étranger et non organique, parce qu’elle ne pouvait décemment pas pisser dehors dans ce port bondé, n’était rien comparé aux quelques dizaines de litres d’eau de mer, se balançant entre parc à batteries et planchers qui flottent, que nous avions dû éponger sur une mer houleuse lorsqu’elle avait oublié de fermer la vanne de la salle de bain.

Plus sérieusement leur départ de me réjouit pas, même si en perdant un équipage je gagne deux amis chers. 

Enfin, merci à toi Benoît et à ta petite famille, ta générosité et ta spontanéité m’ont autant touché que la beauté de l’île que tu représentes si bien. Après quatre mois de rencontres salées en demi teinte qui m’ont laissé un arrière goût amer, ce monde sombre de la voile que j’avais trop idéalisé s’éclaire.  La solidarité des gens de mer n’est pas un vain mot et la plaisance ne se limite pas aux machines à fric flottantes croisées à chaque escale.

Au plaisir de vous visiter a Bastia.

 

Par Fab - Publié dans : Méditerrannée
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Lundi 4 août 2008 1 04 /08 /Août /2008 17:37


Chionis s’est laissé porté par des vents favorables jusqu’a Hammamet, station balnéaire par excellence de l’est tunisien et porte s’ouvrant sur les délices édulcorés du sud du pays, entièrement dévoué au commerce lucratif du tourisme de masse. Il s’est même offert le luxe, pourtant bien rare vu l’avarice croissante du capitaine, d’une nuit dans la marina Yasmine, perle des ports de plaisance. A ma décharge, je me suis laisser envoûter par la supposée voix d’ange d’ Ema Shaplin qui donnait un concert ce soir là dans la marina. Tel Ulysse, conscient du danger mais pourtant résolu d’affronter ces diablesses à l’apparence de sirènes,  j’ai donc entraîné dans ma folie le pauvre équipage de Chionis ainsi que celui de Foliance, bateau ami croisé a Bonifaccio. Fiasco véritable, la diva n’en avait que le titre, concert affligeant dans une marina puant le fric et le faux. Les façades en stuc trompeur s’effritent sous l’ongle du curieux, laissant apercevoir la réalité misérable de ce peuple. Les boutiques à l’européenne regorgent de souvenirs, les vendeurs, en costume d’une tradition d’opérette, sourient en arpentant des allées digne de Disneyland, l’omniprésence des portrait de Ben Ali rappelant celles des Mickey géants d’Orlando. On est bien loin du nord tunisien, là ou les touristes dans les ruelles sont aussi rares que les neurones dans le cerveau de Marine Le Pen…

 



 




















Nous avons donc décidé de quitter le Miami local pour l’île italienne de Pantelleria,  dépendante de la Sicile proche, en passant par le port de Kélibia l’histoire de se plier aux formalités nécessaire au départ du territoire. Le zélé douanier ne s’inquiétera pas d’un éventuel trafic d’armes, de cocaïne ou autre antiquités de valeur, mais s’assurera bien que nous n’embarquons pas dans nos soutes un tunisien mécontent de son sort et désireux de tenter sa chance dans ce beau pays fraternel et tolérant qu’est l’Italie de Silvio Berlusconi. Un chouette endroit pour quitter la Tunisie, même si l'eau du port et celle des égouts ne font qu'une...

 


Cette île est une petite « Ile de la Réunion », 50 kilomètres de circonférence, au sol fertile, caillou volcanique sorti de la mer, riche en sourires et poignées de mains. La vallée des Monastères ressemble a s’y méprendre au cirque de Mafate, les saunas et autres bains chauds naturels crées par un volcan toujours actif accentuent la ressemblance avec l’île de l’océan indien.  Ses eaux profondes nous ont permis de croiser un Rorqual commun, sorte de baleine pouvant atteindre 22 mètres de long.

 


A ce sujet, l’espoir renaquit l’espace d’un instant à bord, après maintes tentatives infructueuses, la pêche à la traîne nous souriait enfin ! Des remous sur l’eau, des tourbillons, puis un aileron, puis un autre, un banc de thons ! L’endroit s’y prêtait a merveille, au large de Sidi Daoud, Mecque de la capture au précieux animal, l’usine de conserverie se détachant très nettement à terre. L’équipage se rua sur tout ce que le bord comptait de tranchant, coupant, poinçonnant, transperçant, et bientôt le cockpit du petit voilier fut envahi de tous les couteaux, harpons, pioches, faucilles, fusils mitrailleurs, bâtons de dynamite et grenades à main contenus dans les coffres. Lolo a même failli se blesser en tentant de charger le bazooka que nous gardons pour les grandes occasions (on l’avait embarqué dans l'espoir de fêter l’annonce d’une extinction de voix d’Arielle Dombasle et de son crétin de mari, c’est dire !).

Malheureusement, au grand désespoir des trois valeureux pêcheurs avides de sang et de poisson frais,  une petite famille de dauphins vint se frotter à l’étrave, nous nargants de leurs yeux rieurs. Nous avons été bernés, une fois de plus. Toutefois nous ne désespérons pas, la caisse de bord s’est lestée considérablement suite à l’achat d’une ligne de traîne plus solide et d’un leurre nouvelle génération à tête chercheuse, calé sur les satellites espions qu’utilise la CIA, baptisé Rapala007.

 

 

 

Dans l’attente d’un vent portant afin de regagner le nord tunisien, nous goûtons au calme de cette île indolente, à la quiétude de ses villages, prenant bien soin d’éviter les lumières aguicheuses de la seule ville accueillant les ferry qui vomissent quotidiennement des flots de touristes braillards.

Par Fab - Publié dans : Méditerrannée
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Samedi 19 juillet 2008 6 19 /07 /Juil /2008 12:18

Bizerte, notre première étape tunisienne, fut véritable enchantement des sens, j’ai adoré.

Le marché immense en plein air, grouillant de vie et de cafards, mélange d’odeurs fortes, de bruits, de cris d’humains et d’animaux, de couleurs vives, ses étals de viandes suintent le sang caillé et la crasse, le sol colle aux sandales, les tripes sont suspendues au dessus des carcasses dépecées, les poubelles éventrées dans les passages étroits ou se presse une foule compacte et rieuse. Les enfants nagent dans le port, piége à eaux noires et décharge à ciel ouvert, les mobylettes d’un autre temps pétaradents en crachant une fumée dense, en zigzaguant au milieu du flot humain. Certes quelque peut déconcertant pour un touriste habitué à cette vie aseptisée qu’est la notre en Europe.




Toutefois, quelques cours d’arabes élémentaire sont nécessaires à l’occidental avide d’intégration et d’échange culturel. Par exemple, « whaala bijourrr, hazivienmanjédanslirestauran » veut dire en français courant « prépare toi a une chiasse carabinée demain matin », de même « zououla bienvinou en tinizi » se traduit par « tu ne quitteras pas mon échoppe sans avoir acheté a prix d or ce souvenir aussi hideux qu’inutile », vous voilà dégrossi quand aux rudiments de la langue berbère.






Chionis longe paresseusement la côte nord du pays au fil des mouillages. Rencontres toujours. Ahmed, la soixantaine fatiguée, partage le café avec nous, et nous narre son histoire, simple et touchante, histoire d’une partie de sa génération. Immigré il y a quarante ans pour construire cette France qui le lui rendit bien mal, un maçon magrébin parmi tant d’autres, aujourd’hui invalide faute à des conditions de travail difficile dans un environnement non sécurisé, « A l’ipoque c’itait dour, pas kom aujird’houi avic les machines ! ». Il a payé cher le droit de savourer son café à l’ombre de cette terrasse délabrée. Il n’est pourtant pas mal loti, une grande maison ici, à Guebbari, bourgade indolente aux murs blanchis par le soleil, et un appartement acheté à Cannes, citée vibrante aux trottoirs blanchis par la cocaïne  échappée des fenêtres ouvertes des hôtels de luxe. Mais entre cette Tunisie qu’il ne reconnaît plus après un si long exil et cette France qui ne l’a jamais reconnu, quelle est sa place ? 



Au fur et a mesure que le petit voilier se rapproche de la capitale, les gens et les paysages changent, les djellabas sur la plage laissent place à des bikinis échancrés plus rassurants, les complexes hôteliers se substituent  aux villages poussiéreux. On n’en est pas encore a la tournée des hots d’or passant  par Tunis, Riyad et Sanaa (capitale du Yémen pour les incultes), mais les jeunes tunisiens s’occidentalisent a grand renforts de marques vantées par des sportifs surpayés et sur-dopés.







Voilà donc la Tunisie que m’avait résumé ce militaire retraité, qui, après deux ans passé ici,  me décrivait enthousiaste avec force de détails ces étals regorgeant de DVD copiés pour un Dinar et des faux jeans Levis pour quinze. Ca semble réducteur, certes, mais bien des gens ne voient que cet aspect des lieux visités, et limitent leurs échanges verbaux aux serveurs des cafés occidentalisés et aux vendeurs desdits étals. Comme quoi même le voyageur peut être aussi con et limité qu’un roman de Marc Levy …





Enfin, en guise de conclusion , difficile de parler de ce pays sans évoquer le « président » Ben Ali, véritable despote qui règne depuis plus de 20 ans sans partage, contrôlant la presse (sa belle sœur est propriétaire du seul quotidien  à gros tirage), muselant et intimidant l’opposition avec des méthodes inspirées des tontons macoutes de François Duvalier, il est le véritable chef d’orchestre d’une oligarchie familiale. Grand ami de la France et de son petit président, il prépare les élections de 2009…




L’arrivée d’ici peu dans le golfe d’Hammamet me rempli d’allégresse,  joie de retrouver mes compatriotes se faisant griller sur des plages bondées, puant le lait solaire bon marché et la suffisance tout en traitant le local avec condescendance.










Vaste sujet, a bientôt donc...




                                                                                  
                                                                                
 

Par Fab - Publié dans : Méditerrannée
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Vendredi 11 juillet 2008 5 11 /07 /Juil /2008 17:30


J’en vois d’ici qui sourient bêtement, Fab et son blog ! J’ai toujours critiqué cette forme d’expression nombriliste, raconter sa vie, prétentieuse, comme si ça pouvait intéresser quelqu’un, et s’adressant à une population voyeuriste et névrosée. Les temps changent, les esprits évoluent, même le mien c’est dire, et c’est devenu aujourd’hui une façon élégante de mettre fin au diktat du mail commun qui encombre les boîtes de réception, lira qui voudra donc.


Evidement le centre reste « Chionis » mon beau navire, un plan Phillipe Briand sorti des chantiers Jeanneau en 1979, modèle Symphonie de 9.6 mètres de long pour 3.3 au maître bau, 2 mètres de tirant d’eau, un bon bateau de prés portant 61 m2 de toile (Grand voile et Génois), bien accastillé pour la croisière côtière sans être suréquipé de gadgets aussi inutiles que voraces en énergie. Les motivations de cette acquisitions sont louables et réfléchies, plaqué par la femme que j’aimais, sans emploi ni envie d’en trouver, pas de toit, j’avais envie de rendre jaloux les copains par cette vie qui semble idéale, épater les copines, que mes frères n’aient plus honte de moi, et pour que ma mère ne regrette plus de ne pas avoir agit le jour ou elle voulu me jeter dans le vide ordure, enfant, alors que je plongeais à pleine mains dans ma couche encore fumante pour étaler son odorant contenu sur les murs du salon et prouver ainsi à l assemblée familiale ébahie qu’Andy Warhol et ses piss-paintings n’était qu’un gagne petit conventionnel et sans originalité (ma mère n’a jamais rien compris au pop art).














" Chionis " a largué les amarres le 15 mai de Port Pin Rolland, prés de Toulon dans le Var, après un hiver tranquille. Le bateau n’était pas vraiment prêt, le skipper encore moins, pour un long voyage, « A trop attendre le bon moment on ne part jamais ! » m’ont dit les copains qui avaient besoin de mon emplacement au ponton. L’équipage, outre le capitaine, compte Laurent et Mathilde, skieurs émérites du Haut Verdon, aussi préparés aux choses de la mer que Roselyne Bachelot l’était a celles de l’écologie.


Porquerolles, Corse, Sardaigne et Tunisie, atteinte il y a 3 jours, voilà le bilan de ces deux premiers mois de ballade méditerranéenne. Je passe le couplet il fait beau, la mer est belle, quelle belle sensation que d’avancer par le seule force du vent, on pêche des poissons, l’eau est chaude mais pas trop quand même… Que la branche intégriste du blog océanique me pardonne.






J’aimerais plutôt parler du plus important, les rencontres riches et variées qui ont jalonnées notre courte route. Sur cette voie des îles franco-italienne ou les oiseaux du larges, marins transocéaniques confirmés et tatoués, sont rares, elles peuvent se résumer en quelques catégories, certes très réducteur comme concept, voire intolérant, ségrégationniste, mais j’appartiens moi-même à une catégorie et m’en porte bien (digne membre de la confrérie « Ressources Monétaires Insuffisante »), de plus Corse et Sardaigne reste le chemin des écoliers en cette période estivale, la plupart des bateaux et  des équipages ne naviguant que quelques semaines par an.


Honneur aux plus nombreux, Le Loueur, aisément identifiable de très loin sur mer plate, par 15 nœuds de vent portant, il déambulera gentiment au moteur à votre hauteur avant de vous couper le passage étroit qui séparait ces deux îlots, sous pilote, les yeux rivés sur son PC classant frénétiquement les photos qui rendront immanquablement envieux ses collègues de bureaux  une fois rentré à Paris. Au mouillage, Le Loueur lancera 10 mètres de chaîne en tas, 5 mètres devant votre étrave, en vous saluant cordialement, alors que sa femme, La Loueuse, hurle a en perdre un poumon sur le petit dernier, Fils du Loueur, qui enroulait autour du cou de sa sœur, Fille Du Loueur, les 30 mètres de chaîne restant tout en y manillant habilement la FOB HP 16 kilos de secours en guise de pendentif afin, dit-il, qu’elle soit plus belle ainsi parée pour aller se baigner. Mes contacts avec Les Loueurs se sont limités à de vives insultes et au jets d’objets aussi divers que tranchants, leur pavant par la même la route a suivre pour mouiller plus loin dans cette baie de 3 kilomètres totalement vide de tout autre voilier.

Moins nombreux mais toujours présent, l’homo Militarius Retraitus se croise sur les quais, aisément reconnaissable au pavillon national de 37 m2 couvrant largement la jupe arrière de son bateau peint aux couleurs de Notre Mère Patrie. Il aime l’ordre et la discipline, Nicolas Sarkozy (même si parfois il le trouve trop modéré dans ses idées sur l’identité nationale),  la cinquième de Ludwig Von Beethoven  et les films de Louis de Funés. Il déteste les hippies, les étudiants, Georges Moustaky (de la vermine communiste), les tunisiens, les marocains, et tous les types n’usant pas de crème autobronzant pour avoir ce teint mat tant envié par sa femme. 

Le Hippie justement, spécimen rare mais toujours observable sur les mers ou dans les ports gratuits, nous l’avons croisé avec bonheur au hasard d’une escale bonifacienne. Nous avons pu admirer son sang froid légendaire. En effet, lorsque le Hippie femelle affolé cria a son mâle « chéri, l’ancre a dérapé, le vent nous chasse de travers au fond de la baie, la chaîne du voisin est prise dans la notre, le guindeau est bloqué et Carla Bruni sort un nouvel album !!!!! », ce dernier ne lui répondit-il pas « va donc chercher des glaçons, on verra tout ça après l’apéro » ?

On pourrait y ajouter Le Suisse qui trouve Palerme « sympa mais bruyant comparé a Lausanne », Le Bon Vivant dont la voix tremble d’émotion lorsqu’il évoque ces pays arabes ou il n’y a pas de vin à table et ou il est si difficile d’en trouver dans les échoppes, « je vous aurais prévenu » lâcha-il avant de fondre en larme, inconsolable, tant le souvenir des brimades passées était encore vif.  La liste n’en serait une sans évoquer le fier « 1020 », marin aguerri, ne redoutant aucun piége que la mer pourrait lui tendre, qui ne sourit que lorsqu’il se brûle, et ne sort du port que si le baromètre indique 1020 ou plus…




Notre arrivée sur le continent africain semble comme le vrai départ de cette ballade, culture différente, langue différentes, autres rencontres…


Je clos là ce premier volet.

 

Par Fab - Publié dans : Méditerrannée
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