
Imagine une île de 190 Km², avec un point culminant à plus de 1000
mètres, ceinte de plages blanches et de cocotiers, une jungle dense occupant son intérieur, peuplée de singes plus ou moins gros, plus ou moins curieux, de perroquets multicolores, de
caïmans, d oiseaux de toutes sortes, visualise les sentiers qui sillonnent ce domaine, les bons abris dans les baies protégées pour laisser "
Chinois" en sécurité pendant les
ballades ou la pêche dans le lagon.
Ensuite, porte toi une dizaine de miles plus a l'ouest, dans les fjords de Mamangua et Paraty Mirim, une longue plage bordée d'imposants avocatiers et fromagers, une route défoncée ou un
bus hors d'âge reculant chaque jour l'heure de sa mise à la casse te mènera a
Paraty, plus ancienne ville fondée par les portugais au Brésil, chef d'oeuvre d'architecture
coloniale. Rues inégalement pavées, façades aux couleurs vives semblant sorties de la palette de Gaugin, maisons de style et églises
majestueuses. Seule ombre au tableau, son classement monument historique par l Unesco lui vaut l'assaut de hordes de touristes, faisant s'envoler le prix de la caipirinha au bar du
coin.
Te voila a bord de "Chionis", quelques 200 kilomètres à l'ouest de Rio de Janeiro, dans un petit paradis préservé de la convoitise des agents immobiliers.

Le coin nous gardera presque deux semaines, ce qu'il fallait pour me
remettre de l'expérience urbaine qu'est Rio.
Une ville démesurée, sans âme, sans repère autre que celui du roi Dollar, qui s'étend chaque jours un peut plus, miroir aux alouettes pour une population rurale désireuse d'améliorer sa
condition. De véritables grappes de béton se forment sur les pentes qui entourent la baie de Guanabara, favelas rapidement construites pour abriter les candidats malheureux à la promesse d'une
vie plus prospère. Le long de la plage de Copacabanha la jeunesse dorée carioca se pavane, bar branchés, sourires éclatants, restaurants français ou italiens, pendant que des mômes chassés par
la police omniprésente tentent de fouiller les poubelles. Pas de ruisseau rouge ou s'écoule la honte de chacun, comme dans le roman de Boris Vian, ici on vit dans le fait accompli, on
s'affranchit des responsabilités et garde bonne conscience. Je ne peux échapper à la marina, endroit aseptisé on ne peut plus luxueux, dans le quartier Nitteroi, loin du centre mais à prix
abordable. Un rapide tour au Corcovado, au parc de la Citade, au pain de sucre et nous voilà repartis sans se retourner.

Premier petit bilan, déjà un an que "Chionis" a quitté Port-pin-roland
dans le var.
8500 miles avalés, 350 litres de gasoil engloutis, 30 litres d'essence pour le moteur hors-bord (on rame beaucoup!), un parcours qui se dessine chaque jour, au grès des lubies du capitaine, des
rencontres et des envies du moment, rien n'a été preparé et rien n'est figé. En achetant ce bateau je comptais rester quelques années en méditerranée, mais bien vite attiré par le toujours
plus loin, l'atlantique s'est invité a la ballade, puis du Brésil je voulais gagner la mer des Caraïbes et ses navigations faciles, mais la peur du trop plein de gens et de
bateaux, le désir d'aller errer loin des sentiers battus ont provoqué un virement de 180°, et me voilà non loin du Rio de La Plata, bras de mer qui sépare l'Uruguay de
l'Argentine.
3200 euros environs de budget, c'est peut et s'explique grandement par le fait que le sort m'a épargné les coûteuses casses matérielles, et que j'ai passé plus de temps au maghreb, en Afrique
de l'ouest et en Amérique du sud qu'en Europe méditerranéenne.
Le chantier qui s'annonce à Buenos-Aires sera onéreux pourtant, mais la suite de ce voyage est à ce prix.
Je dois au plus vite gagner la capitale argentine, "Chionis" doit sortir de l'eau pour des travaux importants. Tomber le safran avant qu'il ne lui prenne l'envie de le faire seul, réparer
voire changer l'enrouleur qui a perdu toutes ses billes et reste en place par miracle, changer l'étai principal, un toron ayant lâché, et les autres tant que j'y suis, sans compter la
multitudes d'autres menues bricoles dont la liste s'allonge chaque jour. Je n'étais pas prêt pour un long voyage et mon bateau non plus, conclusion sans appel après tous ces miles
parcourus en moins d'un an.

Le bilan est certes très positif, mais pour continuer je dois me poser
quelques mois, l'hiver qui arrive m'en donne la possibilité.
Voila pour ce petit état des lieux chiffré, pour ce qui est d'un bilan plus personnel j'en parlerais dans le prochain article. Si je raconte tout maintenant que dire dans le prochain
post...
En guise de conclusion, une amicale pensée pour mon copain Jean-Marie et son équipage, secoué à bord de leur machine à laver partie du Marin en Martinique pour rallier la Bretagne,
bon courage, les Açores ne sont plus qu'a quelques miles!