Dimanche 7 juin 2009 7 07 /06 /Juin /2009 17:09
Solidement amarré le long du ponton jouxtant le musée océanographique de Rio Grande del Sur depuis quinze jours, nous sommes impatients, mon bateau et moi, de quitter le Brésil, et l'heure de reprendre le large a enfin sonné. Un groupe de cormoran perché sur un squelette de bois semble n'attendre aussi qu'un signe du ciel pour s'élancer. Une forte tempête de SW a entraîné la fermeture du chenal d'accès pendant plusieurs jours, une grosse mer interdisait tout mouvement vers le nord ou le sud. Escale forcée des plus agréable, outre un amarrage sûr et gratuit, le musée offre un accès au wifi, au 220V et à l'eau douce. Il suffit de repérer le trou dans le grillage qui ceint la marina voisine pour s'offrir une douche chaude au même tarif.





Officiellement "Chionis" a quitté le Brésil depuis une douzaine de jours, nous sommes donc tous deux clandestins; les risques de contrôle existent certes, mais un français ici a autant de chance se retrouver dans le premier avion charter en partance pour son pays qu'un béninois illégal à Paris en aurait de ne pas se faire expulser à coups de pieds au cul. Toutefois, les lignes Rio-Paris n'étant pas très sûres en ce moment, j'évite de me faire remarquer, on n'est jamais a l'abri d'un agent d'immigration zélé.



L'arrivée dans cette ville avait été des plus agréable, 300 miles depuis Imbituba au nord, un départ musclé et 165 miles avalé en 24 heures, puis deux jours calmes, sous spinnaker  "Chionis"  surfe sous le regard des albatros qui planent sans efforts, portés par le vent et ses courants. Une colonie de dauphins nous ouvrira la voie dans le long chenal qui relie Rio Grande à l'océan, une douzaine de miles (25 kilomètres) à couvrir au moteur le long d'une digue protégeant un port immense au trafic intense. Finalement, un lion de mer crève la surface alors que nous approchons du ponton de bois, nous regarde curieux, puis disparaît dans l'eau verte, tout est réuni, bienvenue dans le sud.






 
La ville d'Imbutuba, notre précédente escale, abritait la  dernière station baleinière en activité d'Amérique du sud jusqu'à sa fermeture en 1973, des ruelles de poussières, des maisons de bois et de tôle, une ambiance far west, un port d'un autre temps ou une grue multicolore sans âge décharge lentement les cales de ces cargos pissant la rouille tant à l'étroit dans son enceinte. Un abri qu'une forte houle de nord-est rend précaire, les débarquements en annexe sur la plage seront sportifs, bruyants et surtout humides!










La population indolente partage son temps entre la pêche, les ballades en vélo sur cette plage sans fin et les quelques mots échangés au café du coin.
Exemple de conversation, 10H du matin face a un troquet répondant au doux nom de "O Bom Café".
Je demande au tenancier  "Dois cafézinho com favor", soit ' deux expresso.
Le type: "On ne vend pas de café ici, désolé" (je vous la fait en français, plus facile).
Je ressors de la boutique, outre le nom qui ne souffre, même en portugais, d'aucune ambiguïté, des tasses fumantes sont dessinées sur la devanture, une publicité pour une marque de café est collée sur la vitrine, je rentre et ai une forte envie d'embrasser le mec, lui faire comprendre à quel point j'adore cette situation, ce décalage, et commande une bière...





Myriam a quitté le bord jeudi passé, appelée par des obligations d'un autre monde,  peuplé de banquiers, d'assureurs, de patrons et d'employés, de crédits, d'automobiles et de métros, de routes à suivre et de chemins dont il ne faut pas s'écarter, de caddies débordants d'inutile, de publicités vantant cette vie qui sera immanquablement plus douce une fois tel produit acheté.
Aidé de caipirinha, je m'élève de quelques centimètres, suffisant pour une vue d'ensemble sur le monde qui m'entoure, puis vais titubant flotter dans les ruelles pavées de la ville; fin de semaine, les gens s'agitent, se pressent aux caisses des supermarchés pour dépenser l'argent gagné dans la semaine, se nourrir, se vêtir, se loger, et lundi il faudra recommencer, une caipirinha de plus et je zigzague entre les voitures, est-ce moi qui ne marche pas droit ou eux qui vont tous de travers? Il est temps de retrouver mon microcosme et de fuir cette fausse réalité. Un an de vadrouille océane et je suis toujours autant  tiraillé entre l'envie d'ancrer mon futur, le partager avec une femme, des enfants, et le désir de fuir éternellement un systéme qui m'écoeure autant qu'il m'effraie. Lorsque que l'envie s'invitait, je m'en suis toujours défait avant que la tristesse ne s'installe à sa place, mais pour combien de temps encore...







Me reste à aller saluer une dernière fois le manchot de Magellan en convalescence à l'infirmerie du musée, on se retrouvera dans le grand sud, autant entretenir de bonnes relation avec les futurs voisins de mouillage, dire au revoir aux copains de pontons, vérifier que la cargaison de cachaça, denrée hors de prix en Argentine, est bien arrimée, et cap sur La Paloma, première escale uruguayenne de cette errance salée.





Par Fab - Publié dans : Atlantique, cote sud américaine
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires
Retour à l'accueil

Commentaires

vraiment de beaux récits, de belles anecdotes qui me mettent de bonne humeur le matin....
Bonne route l'ami, hate de revoir ta bouille de baroudeur, et vive la caipirinha, c'est bon pour les os mon vieux!
Commentaire n°1 posté par Cesbron jeremy le 08/06/2009 à 09h18
tu vas vois ca ou faire bien parlé spanish now.... j avais bien aimé la paloma hors saison c est tranquille... prend soin de toi et on se voit sur la capitale argentine, avec du bon pinard de la bas dis... pour l instant perso je reprends gout au rhum charette...arrangé, bibas fé mal au coco ! ! ! !
SUERTE
lo
Commentaire n°2 posté par lo le 19/06/2009 à 10h04
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus