Partager l'article ! Petit Sloop Devenu Grande Galere: Parfois, je pense que j’aurais eu mieux fait d’acheter un camping-car… L’arrivée en Uruguay ...
Parfois, je pense que j’aurais eu mieux fait d’acheter un camping-car…
L’arrivée en Uruguay fut des plus laborieuse, le vent annoncé portant en quittant Rio Grande ne le restera que quelques heures avant de virer plein nez, levant une mer courte et cassante, puis rapidement créant un courant contraire, qui, additionné à la
dérive du bateau, me force à tirer des bords de 150 degrés, soit une progression quasiment nulle. 180 miles en quatre jours et autant de nuits, distance que « Chionis » couvre en 36
heures avec des conditions favorables. Le trafic intense en approchant du Rio de la Plata empêchait toute période de sommeil supérieure à 20 minutes. Ainsi donc, les conditions étaient réunies
pour transformer mon petit sloop en grosse galère.
Néanmoins, tout au long de cette route erratique,j'ai été accompagnés de manchots, lions de mer, dauphins et autres albatros, ces albatros que je voudrais mais ne peux photographier en vol. En
effet, ils restent a bonne distance du bateau au contraire des autres oiseaux ou animaux marins.
J’ai fini par comprendre la raison de cet étrange comportement, resurgit alors cette période si noire de mon existence, mon passé dans les T.A.A.F., les terres australes françaises. Sous le
couvert de la science, l’ornithologue, un sinistre individu filiforme et basané, se précipitait sur les malheureux volatiles pour leur faire subir moult outrages, mesures et autre séances de
pesée, avant de nous ordonner d’aller tâter le croupion de ces innocentes créatures pour y détecter la présence d’un œuf.
Certaines personnes, que je ne nommerais pas par égards envers leurs familles, y prenaient un plaisir sadique et certain. Les plus vils d’entre nous, Stephane Merese et Jean-Marie
Saurel (pour ne citer qu’eux et tant pis pour leur famille), les yeux injectés de sang, un léger, mais constant, filet de bave coulant sur leur
vêtements, avaient du mal à contenir le tremblement qui saisissait leurs doigts en les approchant de la partie à palper. Combien de générations de poussins traumatisés par leurs agissements
pervers, combien de photographes amateur frustrés faute à une conduite si déplacée ?
Otarie a la pêche a la raie....
Je me repose tranquillement de cette naviguation pénible dans le petit port de La Paloma, porte d'entrée en Uruguay mais aussi sur le Rio de la Plata.
Ambiance lendemain de fête un peu trop arrosée, la ville est une station balnéaire très prisée des uruguayens et autres argentins, mais en cette période hivernale tout semble vivre au ralenti.
Des voitures dignes de musée européens arpentent les rues en pétaradant, vieilles Chevrolet trop larges, Peugeot 403, Mercedes antiques que quelques nazis auront apporte dans leur valise
après la seconde guerre mondiale, venant se réfugier dans le pays pour échapper au tribunal de Nuremberg.
Ici l'éducation nationale est une fierté affichée, de gros blasons vantant les bienfaits de l'etat ornent les porches de ces écoles austères, les enfants défilent en rang d'oignons vêtus de
blouses blanches immaculées, une cravate bleue pastel nouée en gros noeud style oeuf de Pâques apporte une touche coloré a l'uniforme. Répétition de chants patriotiques dans la cour de recréation
sous le regard satisfait des jeunes enseignants, en cette période électorale le nationalisme est aiguise.
Une ballade mémorable dans la communauté hippie du cabo Polonio, cette
avancée sur la mer tel un doit tendu vers l'atlantique, des cabanes faites de milles ustensiles et matériaux, tout y passe, tôle ondulée, planches inégales, bois délavé trop longtemps
malmené par la houle du large, briques et parpaings, ferraille diverse. Une colonie de loups de mer cohabite avec cette étrange population. Quelques panneaux solaires pour les
constructions plus modernes, des puits creuses ça et la pour les besoins en eau douce, des plantations de cette herbe qui rend moins con sont disséminées dans les dunes alentours, une
autosuffisance apparente qui profite toutefois des 1500 visiteurs quotidiens en été pour en tirer quelques bénéfices.
Mais en cette période, tout est calme, les portes s'ouvrent, les langues sont déliées.
Je reprends après une semaine oisive mon cabotage uruguayen, Gorriti, Punta del Este, Piriapolis. L'Uruguay est un pays de flics et de militaires, les 15 ans sous la dictature de ces
derniers ont laisse de profondes cicatrices dans les mentalités, une loi dite d'impunité garanti aux bourreaux passes la tranquillité au nom de la réconciliation nationale. Il faut se
signaler a chaque ports au commissariat militaire local, la "prefectura", les mouillages sont soumis a de rudes conditions, voire interdits, et désobéir a ces règles vous conduit droit chez le
commissaire local, expérience vécue dont je me suis bien tire. Les gardiens de la république n'ont pas le sens de l'humour.
Je lèverais l'ancre cette nuit pour rejoindre la capitale du pays, Montevideo, ou m'attendent deux copains rencontres au cabo Polonio, quittant un village endormi pour gagner une ville
insomniaque.
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