Mercredi 19 août 2009 3 19 /08 /Août /2009 16:39
En Argentine, le monde du nautisme est aussi trouble que les eaux du Rio de la Plata : autant de pièges invisibles dans ce système de club opaque que de récifs masqués par ses eaux boueuses, autant de bonnes volontés noyées par une administration féodale que de bateaux coulés prés de ses cotes.

Pas de marinas ou ports publics, ici tout est affaire de « socios », entendez « membres ». Chaque parc nautique, quelle que soit sa taille, est géré comme une association d’usagers, ou les cotisations de chacun servent à couvrir les frais liés à l’occupation d’un espace appartenant à la ville, allant du loyer annuel aux salaires des employés, des factures énergétiques aux constructions visant à embellir le club ou offrir de nouveaux services. Une commission directive est élue  selon une fréquence variable, elle a un rôle de gestionnaire, un pouvoir de décision, un travail administratif, fixe les tarifs.

C’est justement là que les choses se compliquent pour le simple voilier de passage qui, par définition, ne sera pas un permanent.

 

 « Chionis » passera par quatre clubs en un mois, chacun se le renvoyant comme une patate chaude. J’avais besoin de stabilité pour préparer le bateau, mais j’ai partagé mon temps entre la recherche d’une amarre pour la semaine qui arrivait et les travaux. Tout est bon pour décourager le nomade de pointer son étrave et venir souiller par sa seule présence la belle harmonie régnant dans ce beau monde nombriliste.


 

 

Exemple : « Désolé, vous ne pouvez pas rester ici. »

                 « Pourquoi, vous m’aviez dit le contraire il y a deux jours ! »

                 « On vous a vu pisser dans la rivière, un socio a été choqué. »

La rivière en question est une décharge à ciel ouvert…

 

Au moment d’aller régler mon dû pour la semaine dans une autre association, le secrétaire m’annonce que le tarif sera doublé pour la suivante, pour les bateaux étrangers uniquement, justifiant ceci par une décision de la commission fraîchement élue qui a besoin de fonds pour des travaux.

 

D’autres affichent plus franchement leur politique anti-voilier de passage, demandant jusqu'à 50 euros par jours pour s’amarrer à une bouée dans l’avant port.

 

Les travaux avancent au rythme des changements de ports, mais aujourd’hui le gréement dormant est partiellement changé, l’enrouleur réparé, le moteur révisé, le bateau isolé en grande partie, le plein de pièces détachées assuré.

 

 

 

De belles rencontres, l’ami Roberto, un cœur aussi grand que sa taille est petite et sa barbe fournie, un asado hors du temps avec Jérôme Poncet et son optimisme contagieux, les rires incessants d’enfants qui laissent une douceur impalpable mais si présente dans le carré d’«Hinayana », le trop plein de sympathie qui déborde par chaque panneau de « Lili », ces retrouvailles trop bien arrosées avec Loran…

 

 

 

 

 

 

 

Les bouteilles tombent, les viandes rôtissent doucement sur les grilles, les langues se délient, les individualismes se mélangent pour finalement se fondre dans le groupe, une solidarité des gens de mer disparue depuis bien longtemps explose les barrières de l’égoïsme imposé par notre société moderne, et chacun filera un coup de main, ce bout de tube ou cette durite introuvable, un conseil, un outil à son voisin. 

Est-ce le besoin d’appartenir à un groupe, la recherche de repères si loin de son pays et ses habitudes, le rapprochement naturels de personnes au style de vie semblable, la nécessité d’échapper parfois à la solitude de son carré, qui font qu’un pilote de ligne partage son vin avec une ancienne mauvaise pousse de banlieue, un restaurateur aisé avec un marginal vivant sur un caillou, un vétérinaire avec un psychologue?

                                                                                                                                                                                             J.Poncet

 

 

Demain « Chionis » change une nouvelle fois d’amarrage et je vais le laisser le temps d’une escapade en France. Penser autre chose que bateau, mouillage, cap, conditions météorologiques, m’est nécessaire, ne serait-ce qu’un petit mois.

Une ballade dans cette belle vallée des Alpes si chère à Mat et Lolo, un crochet par le pays de la pelote basque, une incursion dans les hauts plateaux d’Ardèche,  un retour aux sources le long les plages varoises, un plongeon dans le bain familial à Montpellier, et surtout un plein de retrouvailles de ces êtres chers qui accompagnent souvent par la pensée les longs quarts nocturnes, voilà la formule magique pour repartir le cœur gonflé à bloc, le moral au zénith  et l’esprit libre vers les paysages de Patagonie.

 

La suite du voyage se dessine au fil des endroits que je ne veux pas manquer, des copains de route que je veux croiser, à cette vie sauvage terrestre, aérienne et marine que je veux suivre au grés de ses migrations, aux impératifs liés à la sécurité sur mon petit sloop.

En rentrant fin septembre je filerais sans tarder vers La Plata, voire Necochea s’il y a une possibilité d’y lever « Chionis ». Un carénage rapide et cap au sud, à la rencontre des baleines du Golfo Nuevo, des colonies de manchots, d’albatros, de pétrels et autres otaries de la baie de Camarones, des mouillages typiquement patagons de caleta de Horno, caleta Sara, des îles de Tova ou Léones.

Rendez-vous est pris avec « Lili » pour passer noël chez Loran.

 

En attendant une belle aventure de terriens m’attend une fois passée les portes de l’aéroport.

 

 

 

 

 

 

Par Fab - Publié dans : Atlantique, cote sud américaine
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