Mardi 8 décembre 2009 2 08 /12 /Déc /2009 23:13

 

 

« Chionis », solidement amarré à un corps mort de sept tonnes, se lève puis retombe lourdement dans un fracas assourdissant, suivant le rythme imposé par la forte houle entrant dans la baie complètement ouverte aux vents d’Est de Puerto Madryn.


A bord, la station debout est compromise, rester assis est périlleux, allongé soit ma joue droite est écrasée sur la bordée, soit la gauche est compressée sur la penderie, selon le sens du vent.

Deuxième nuit sans sommeil, les régimes de vents d’Est forment une forte houle et ceux d’Ouest une mer courte et hachée, tout aussi inconfortable au mouillage.
 Les débarquements sur la plage sont autant d’occasions de se changer de la tête aux pieds.


Bienvenue en Patagonie !




Puerto Madryn, seule ville de la Peninsula Valdes, se love au fond du Golfo Nuevo, ses 85000 âmes vivant exclusivement du tourisme. Le golfe accueille 5 mois durant des baleines francas qui viennent mettre bas dans ses eaux.







Il est ironique de constater que ces paisibles animaux, après avoir été massacrés par l’homme pendant des siècles, au point d’avoir frisé l’extinction de l’espèce, assurent aujourd’hui la survie d’un grand nombre d’entre eux. Pas rancunières les baleines…

Des excursions natures sont proposées par une multitude de compagnies, l’éco-business bât son plein, et par pur soucis de protection, les rares voiliers de passage sont interdits dans la zone de villégiature des baleines. La seule façon donc de s’approcher du gagne pain local est de participer à une de ces excursion assurée par  des professionnels respectant l’environnement et la tranquillité de ces précieux animaux.

Les touristes bruyants sont tout d’abords empaquetés dans des cirés multicolores,  puis un gilet flottant orange fluo leur est passé autour du cou, à la manière des jougs des bêtes de traits d’antan, et enfin, ils sont soigneusement rangés sur les bancs des barques en polyester équipés de moteurs puissants attendant en bordure de plage.




Un coup de tonnerre mécanique retentit alors, et les bolides élancent  plein gaz en direction des baleines les plus proches de la côte, rentabilité oblige, puis décrivent une suite de courbes concentriques autours des mammifères, leur coupant toute possibilité de retraite.









Les flashes crépitent, nos valeureux aventuriers hurlent, beuglent, caquettent, piaillent, font de grands signe pour capter l’attention des baleines, les plus téméraires se penchent pour filmer, et finalement tout ce petit monde fait demi-tour au bout d’une heure. La joyeuse bande colorée laisse alors place à une suivante, tout aussi ridiculement harnachée.
180 000 touristes en cinq mois vont se succéder...



Je contemple ce spectacle affligeant du haut d’une falaise dominant une plage aussi vide qu’immense, préférant la solitude d’une ballade dans la steppe patagonne à l’hyperactive chasse à l’image.

La bouteille d´eau que je porte à mes lèvres arbore fièrement en grosses lettres le sigle « Industria Argentina », indication obligatoire dans un pays ou le sentiment patriotique est si fort, mais un discret logo « the coca cola company », juste sous la precedente
résume à lui seul tout le malheur argentin.



Le pays a été parcellisé puis vendu pièce par pièce à des grands groupes occidentaux, en grande partie par Carlos Menem, ancien président aujourd’hui multimillionnaire.


Tout comme l’eau que je bois, les barques dans lesquelles s’entassent les touristes sont exploitées par des compagnies étrangères, pour la plupart nord américaines, qui sont au final les grands bénéficiaires du boom touristico-écologique.




Toujours cette ironie cruelle, l’intérêt actuel porté à la cause environnementale est le fruit de la pollution et l’hyper exploitation aveugle des ressources et espèces terrestres par ces mêmes compagnies…

 

 







Gilles a préféré la sérénité du voyage en autocar climatisé à l’aléatoire confort d’une navigation de plusieurs jours dans les quarantièmes, et je me retrouve à nouveau seul équipage de mon beau bateau, situation qui me convient parfaitement. J’embarque un copain argentin totalement néophyte mais tellement enthousiaste a l’idée d’aller naviguer.

Froid, humide, agité, sportif, sont les adjectifs qui me viennent en premier à l’esprit pour qualifier cette étape, de Necochea a Puerto Madryn, 420 miles environs dont 390 vent de face.


Mais quel plaisir que d’entrer dans le Golfo Nuevo sous spinnaker escorté d’une trentaine de dauphins austraux au ventre blanc, exécutant une savante chorégraphie atavique autour de l’étrave, s’élançant au travers de cerceaux imaginaires et retombant dans une gerbe d’écume, tout comme leurs ancêtres ont du le faire pour saluer la première flotte à explorer cette région, celle de Magellan.






Chionis avance au milieu d’un groupe de manchots à demi endormis, ils s’ébattent soudain, lancent de probables insultes à ce curieux engin flottant venant perturber leur repos, et disparaissent dans les profondeurs. 



Juan Pedro profite sans retenue de sa première navigation hors du rio Quequen,  oubliant bien vite le mal de mer qui l’a terrassé tout le long du voyage.



 

Necochea fut une escale riche en rencontres, échanges, relations humaines fortes, la Patagonie sera celle des grands espaces vierges, de la communion entre mon petit voilier et cette faune riche et abondante qui l’entoure déjà.  
 

Mais tout d’abord profiter des retrouvailles chaleureuses avec L’ami Laurent,  les copains du bateau « Lili »,  Perrine qui arrive dans une quinzaine de jours, la joie de passer les fêtes avec ces personnes qui me sont si chères. 








                                                                                                                   En attendant, je vous laisse mediter sur cette maxime...

Par Fab - Publié dans : Atlantique, cote sud américaine
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